Vous êtes ici : Accueil > La revue > Numéro 1 : Innovatio... > L’innovation par l’e...

L’innovation par l’ergonomie : Eléments d’ergonomie prospective

frPublié en ligne le 02 février 2015

Par Éric Brangier et Jean-Marc Robert

Résumé

Dans cet article est définit l’ergonomie prospective et ses enjeux pour l’innovation. L’ergonomie n’est plus uniquement image d’intervention a posteriori et dons corrective des produits ou services, elle est aujourd’hui centrée sur les usages futurs et se positionne sur le créneau de la création de nouveaux produits ou services. Éric Brangier et Jean-Marc Robert montrent comment progressivement l’ergonomie est intervenue dans l’évaluation, puis la conception et finalement la prospection des produits et services.

Sommaire

  1. Introduction
  2. 1. Historiquement l’ergonomie n’a pas l’innovation pour objectif principal
  3. 2. L’intervention ergonomique est d’abord centrée sur la correction, puis sur la prévention et récemment sur l’innovation
  4. 2.1. L’intervention ergonomique pour corriger les situations, systèmes, produits et services
  5. 2.2. L’intervention ergonomique pour concevoir des situations, systèmes, produits et services
  6. 2.3. L’intervention ergonomique pour inventer des situations, systèmes, produits et services
  7. 3. Les difficultés de l’ergonomie centrée sur l’innovation
  8. 3.1. L’innovation implique une compréhension pertinente des usages : l’analyse de l’activité donne-t-elle cette compréhension ?
  9. 3.2. L’innovation s’exprime d’abord technologiquement.et les technologies étant de plus en plus ouvertes et flexibles, c’est l’identification des usages futurs qui fait souvent la différence entre les entreprises
  10. 4. Le futur de l’ergonomie
  11. 4.1. L’ergonomie prospective se donne pour objectif de construire des schémas prospectifs en mobilisant l’ensemble des connaissances relatives à l’humain qui s’avèrent utiles pour décrire des possibilités futures
  12. 4.1. L’ergonomie prospective vise à élargir les points de vue sur les usages futurs en s’appuyant à la fois sur l’analyse ergonomique, l’hypercréativité et la prospective
  13. 4.2. La démarche prospective
  14. 4.3. L’hypercréativité
  15. 4.4. Les acquis de l’ergonomie
  16. Conclusion
  17. Bibliographie

Introduction

1Un jeune ergonome a l’habitude de recueillir des statistiques sur de nombreux domaines. Récemment il a pris connaissance du fait que la taille moyenne des appartements de Paris ne cesse de se réduire depuis vingt ans. Il en déduit que les habitants auront de plus en plus de difficultés à stocker leurs objets dans leurs appartements. Il crée alors un nouveau concept : un système d’estrades astucieuses, coulissantes et adaptées à ces nouveaux intérieurs réduits.

2Une entreprise analyse l’augmentation régulière des transports en commun et souhaite accompagner le déploiement des points d’informations et des systèmes d’interaction avec les usagers en les rendant plus intelligents. Elle réfléchit à de nouveaux services technologiques innovants afin de mieux satisfaire les usagers. Elle analyse bien l’activité des usagers et leurs besoins d’informations dans les moyens de transport, les lieux de transit et lieux d’attente, mais elle se rend également compte que cela ne suffit pas, qu’il lui faudrait faire preuve de créativité et de clairvoyance sur le futur.

3Une société impliquée dans la conception de systèmes domotiques a une excellente maitrise des technologies embarquées dans les projets de maisons intelligentes. Pourtant, elle ne sait pas sérier les projets qui seront les plus pertinents pour ses clients, il lui manque une vision des futures activités humaines dans ces maisons. Aussi, décide-t-elle de mener une étude prospective sur les usages futurs…

4Édulcorés ou utopiques certainement pas ! Ces histoires montrent qu’une nouvelle forme d’ergonomie – centrée sur les usages futurs prônant l’innovation et dont les enjeux stratégiques sont grands – occupe une place de plus en plus importante.

5L’ergonomie est souvent associée à la correction d’un produit, d’une situation de travail ou d’un service. Ces derniers étant jugés mal adaptés, on fait alors appel à l’ergonome pour améliorer le produit, humaniser le service, sécuriser un système, fiabiliser une procédure ou optimiser une situation de travail. La chose est entendue ainsi. Cette application de l’ergonomie est bien établie et va sous doute toujours exister, mais elle relève d’une conception de l’ergonomie qui est plutôt restrictive.

6Si l’ergonomie ne renie pas ces acquis, elle cherche aussi à se positionner sur le créneau de la création de nouveaux produits et services. Aussi, l’objectif de cet article est-il de réfléchir à l’évolution de l’ergonomie en prenant le parti que son évolution se dessine à partir de son histoire et des aspects épistémologiques qui la structurent de même qu’à partir des nouveaux contextes qui prennent forme, des nouveaux défis à relever et des nouvelles visées des ergonomes. Dans cette évolution, nous montrerons que l’ergonomie a toujours eu, de manière plus ou moins marquée, l’innovation pour composante de son action. Mais cette innovation s’est exprimée différemment et à divers degrés, car les demandes d’intervention ont changé et sont passées progressivement d’une centration sur l’évaluation, à une centration sur la conception et à une centration sur la prospection. Et le potentiel d’innovation grandit lorsqu’on va de la première à la dernière, comme on l’explique dans les paragraphes suivants.

  • L’évaluation : l’ergonomie évalue la qualité de dispositifs, de systèmes ou de poste de travail en termes de simplicité, de sécurité, de confort ou d’efficacité de l’usage. Elle peut innover dans les solutions qu’elle apporte pour résoudre les problèmes qu’on lui adresse mais cela demeure généralement assez limité.

  • La conception : l’ergonomie participe à la conception et au développement d’applications informatiques, d’interfaces humain-machine, de cockpits d’avion, de salle de commande et de contrôle. Elle peut innover dans les fonctionnalités, l’architecture, les interfaces, les dispositifs d’entrée et de sortie, les modes d’utilisation… des systèmes et produits qu’elle aide à réaliser. Son potentiel d’innovation est très grand.

  • La prospection : l’ergonomie cherche à détecter les besoins actuels, à anticiper les futurs besoins, et à comprendre les facteurs technologiques, sociaux, culturels et économiques qui mènent à la création de nouveaux produits et services. Son potentiel d’innovation est alors immense.

7Pour débuter, nous définirons l’ergonomie et introduirons progressivement la notion de prospective dans notre exposé. Nous soulignerons les processus d’innovation en œuvre en ergonomie lorsque cette discipline intervient pour corriger, concevoir ou prévoir des solutions d’usages futurs. Ceci nous amènera à faire de la prospective et à entrevoir les conséquences sur les aspects épistémologiques et méthodologiques de l’ergonomie.

8Pour étayer les relations entre l’ergonomie et l’innovation, nous reviendrons sur des définitions princeps de l’ergonomie pour montrer que nous pouvons étendre les perspectives de l’ergonomie et la doter d’une plus grande autonomie, mais sans jamais renier la multidisciplinarité. Cela lui sera utile à la fois pour son évolution disciplinaire et pour augmenter sa capacité de répondre aux nouveaux besoins sociaux, demandes économiques et attentes politiques.

1. Historiquement l’ergonomie n’a pas l’innovation pour objectif principal

9Discipline récente, créée avec la Seconde Guerre mondiale, l’ergonomie prend son origine chez un physiologiste polonais (Jastrzebowski, 18571) qui élabora ce mot par l’agrégation d’ergon et nomos pour définir une science du travail dotée d’une appro-che globale et intervenant dans un spectre large de l’activité humaine.

10Depuis, les définitions se sont succédées en insistant sur l’importance des connaissances en ergonomie (Wisner, 19722) : « connaissances scientifiques relatives à l’Homme et nécessaires pour concevoir des outils, des machines et des dispositifs qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité ».

11Effectuant une synthèse entre les dimensions scientifiques et technologiques de l’ergonomie, la Société (américaine) des Facteurs Humains (Christensen, 19883) propose de mettre l’accent sur les aspects physiologiques et psychologiques du travail humain dans la définition de l’ergonomie. Ainsi, elle devient : « une des branches de la science et de la technologie qui incorpore ce qui est connu et conceptualisé des caractéristiques biologiques et comportementales de l’homme et qui peut être appliquée de façon valide à la spécification, à la conception, à l’évaluation, à l’utilisation et à la maintenance des produits et systèmes afin d’en assurer la sécurité, l’efficacité et l’usage satisfaisant par des opérateurs individuels, des groupes et des organisations ».

12Enfin, terminons par la définition de l’Association Internationale d’Ergonomie (IEA 20114) qui stipule que l’ergonomie « est la discipline scientifique qui vise la compréhension fondamentale des interactions entre les êtres humains et les autres composantes d’un système, et la mise en œuvre dans la conception de théories, de principes, de méthodes et de données pertinentes afin d’améliorer le bien-être des hommes et l’efficacité globale des systèmes. Les ergonomes contribuent à la conception et à l’évaluation des tâches, du travail, des produits, des environnements et des systèmes en vue de les rendre compatibles avec les besoins, les compétences et les limites des personnes. »

13Si ces différentes définitions positionnent l’ergonomie à la fois dans le registre de la science et de la technologie, et associent explicitement l’ergonomie à la conception et l’évaluation, il n’est jamais question de création ou d’innovation. Pourtant en adaptant les systèmes aux humains, en définissant les besoins, en évaluant des produits et des postes de travail, et participant à la conception de nouveaux artéfacts, les ergonomes participent souvent à des processus d’innovation.

2. L’intervention ergonomique est d’abord centrée sur la correction, puis sur la prévention et récemment sur l’innovation

14L’ergonomie intervient dans les contextes professionnels ou domestiques pour les améliorer. Elle met donc toujours en évidence la question de la valeur de l’acte humain dans une situation, et estime que certaines situations sont meilleures que d’autres. Ainsi, l’ergonomie porte en elle une sorte de dimension politique qui nous renvoie à un jugement de valeur. Celui-ci est instrumenté par des théories et des méthodes qui servent à étayer le raisonnement de l’ergonome et à intervenir pour corriger, prévenir ou innover dans une situation.

2.1. L’intervention ergonomique pour corriger les situations, systèmes, produits et services

15L’ergonomie s’est d’abord développée autour de la prise en charge des nuisances, risques, accidents du travail de manière à améliorer les conditions du travail pour en réduire les effets négatifs sur l’humain et sur la production. Préoccupée à son origine par l’hygiénisme, l’accidentologie et les maladies professionnelles, le premier geste de l’ergonomie a été de corriger des situations de travail qui exposaient les travailleurs à des risques pour leur santé en favorisant une meilleure adaptation des systèmes techniques aux humains. Sa vocation première est donc d’intervenir sur les situations pour les transformer.

16Dans ce cadre, on peut définir l’ergonomie de correction comme une modalité d’intervention ergonomique qui consiste à modifier des éléments des conditions de travail existantes suite à l’expression de problèmes recensés par un tiers (ingénieur, chef de production, responsable de la santé et sécurité au travail, représentant du personnel, syndicat, informaticien, etc.). Ces derniers font le constat d’un problème dans le travail et formulent une demande d’intervention pour corriger la situation et rétablir le bon fonctionnement. L’intervention correctrice est donc réactive. Elle est également ponctuelle et limitée à certaines zones de l’activité et, il faut le dire, très courante. Elle résout des problèmes, parfois partiellement et de manière superficielle, car les contraintes de temps et de coûts peuvent être fortes. Elle présente l’inconvénient d’être particulièrement onéreuse et l’ergonome exprime souvent un sentiment d’impuissance face aux erreurs des concepteurs ou à la naïveté des investisseurs. Aussi, pour réduire les coûts des interventions et accroître leur efficacité, il est recommandé de prendre en compte en amont les facteurs humains et donc d’avoir une démarche d’ergonomie de conception.

17Au risque de souligner des évidences, la correction ergonomique ne peut se faire que sur des situations existantes dont le caractère dangereux, contre-productif ou nocif a été avéré. En cherchant à corriger des effets négatifs du travail sur l’humain et la production, l’ergonomie de correction a un coefficient d’innovation très souvent limité. Même si, à sa manière, l’ergonomie de correction peut innover, elle le fait dans un cadre limité et restreint aux éléments de la situation à améliorer. Ce sont les contraintes des demandes exprimées qui réduisent les possibilités d’innovation, l’ergonome devant répondre à un problème concret et ce, le plus rapidement et au plus bas coût possible.

2.2. L’intervention ergonomique pour concevoir des situations, systèmes, produits et services

18L’ergonomie de conception correspond à une modalité d’intervention ergonomique qui consiste à intégrer les exigences des activités à faire et les données sur les capacités, limites et modes de fonctionnement de l’humain dans les choix de conception d’un système, produit ou service. Par une connaissance des caractéristiques physiologiques, psychologiques et sociales de l’humain, l’ergonome intervient pour concevoir et développer des artéfacts et garantir une performance humaine et technique satisfaisante. L’intervention conceptrice est donc proactive et préventive. Les coûts de l’ergonomie de conception sont considérés comme étant très inférieurs à ceux de la correction, car on évite les pertes (par exemple de vies humaines, de biens matériels, de données, de rendement, de productivité) et on évite le fardeau de refaire le travail. Ceci étant, l’ergonomie de conception souvent ne joue pas un rôle central dans le processus de conception. Ce sont les ingénieurs, les designers, les architectes, les informaticiens… qui occupent la place du pilote de projet ; l’ergonomie n’est sollicitée qu’à propos de certaines phases du projet (surtout l’analyse et l’évaluation) et seulement pour les facteurs humains alors qu’il y a de nombreux autres facteurs à prendre en compte. À ce titre, l’ergonome interviendra sur l’aménagement des postes, l’organisation des temps de travail, la prévention des maladies, la formation des opérateurs, l’interface humain-machine, etc. Il a donc ici un rôle de prescripteur sur les aspects humains du projet (et seulement sur ces aspects), mais il ne détermine pas le projet. L’ergonomie de conception est certes en meilleure position que l’ergonomie de correction pour participer plus amplement à l’innovation, mais son action reste limitée aux contours d’un projet qui est initié, défini, dirigé et arbitré par d’autres.

2.3. L’intervention ergonomique pour inventer des situations, systèmes, produits et services

19Pour développer son plein potentiel d’innovation, l’ergonomie ne devrait plus être seulement corrective, parce qu’elle se retrouve alors à rechercher une solution ponctuelle à un problème donné dans un contexte spécifique qui, sauf exception, ne sera pas généralisable à d’autres contextes. Elle ne devrait pas non plus se limiter à la participation à la conception pour de projets initiés et menés par d’autres, où l’objet de l’intervention ergonomique a déjà été identifié et décidé. L’ergonomie a intérêt à élargir son champ d’activités et à s’ouvrir à la prospective.

20Pour bien se comprendre, il est important de définir la prospective, un concept qui a été créé par le philosophe Gaston Berger. Selon Le Petit Larousse (2003), la prospective est la « science portant sur l’évolution future de la société, et visant par l’étude des diverses causalités en jeu, à favoriser la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent ». Selon Le petit Robert (…), elle est l’« ensemble des recherches concernant l’évolution future de l’humanité et permettant de dégager des éléments de prévision ».

21La prospective est une démarche relativement déterministe pour préparer/gérer le futur. Elle ne vise pas à prévoir l'avenir mais à construire des schémas prospectifs sur la base de données disponibles (tendances et analyses). La prospective a trois fonctions complémentaires :

  • Être une aide à la décision stratégique, qui engage des ressources humaines, organisationnelles, technologiques et financières sur une durée importante ;

  • Réduire des incertitudes face à l’avenir en permettant d’entrevoir des possibilités de développement ou des orientations technologiques, humaines ou organisationnelles ;

  • Infirmer ou crédibiliser les décisions, des intuitions et des actions qui orientent le futur.

22De ce point de vue, la prospective comprend deux pôles complémentaires : la prospection à proprement parler qui correspond à l’exploration de nouveaux domaines, et la perspective qui renvoie aux notions de décentration, de différence de points de vue ou encore de définition des futurs possibles ou faisables.

23En accord avec ces définitions et en proposant d’intégrer des éléments de prospective dans l’ergonomie, nous voulons amener celle-ci à s’intéresser à l’innovation par la création de nouveaux produits et services, et à le faire selon la perspective des facteurs humains qui est toujours à la base de son action. Par voie de conséquence, nous définirons l’ergonomie prospective comme étant une modalité d’intervention ergonomique qui consiste à détecter des besoins actuels et anticiper de futurs besoins, et à créer des systèmes, produits ou services qui satisfont ces besoins selon des critères de santé et sécurité, confort et bien-être, performance et satisfaction. Les connaissances et méthodes ergonomiques sont mises à profit pour innover par une centration sur les facteurs humains. L’intervention de prospection est donc spéculative et inventive. Elle vise à faire de la prospective sur de nouveaux usages, de nouveaux comportements ou de nouvelles organisations en considérant que l’humain doit y occuper la place centrale. La centration sur l’évolution de l’activité humaine place l’ergonome en situation de pilote qui initie, définit et dirige le projet du début à la fin, en faisant intervenir d’autres acteurs chargés de mettre en œuvre, voire d’exécuter les plans de l’ergonome. Les coûts de l’ergonomie prospective sont nécessairement évalués en rapport coûts/bénéfices et le but commercial est explicite, même si ce n’est pas le seul. Pour réussir sa mission, l’ergonomie prospective devra faire au moins trois types d’activités :

  • détecter les besoins actuels et anticiper les futurs besoins, puis les définir, les documenter, les valider, évaluer leur importance, les prioriser et les mettre en contexte ;

  • étudier les facteurs technologiques, sociaux, culturels et économiques qui accélèrent l’évolution des situations d’activités humaines et amènent les humains à s’y adapter ;

  • concevoir et réaliser des systèmes, produits ou services utiles à l’humain et dont il peut tirer des bénéfices pour son confort et bien-être, son développement personnel et sa qualité de vie générale.

3. Les difficultés de l’ergonomie centrée sur l’innovation

24En focalisant son attention sur le futur, l’ergonomie adopte un regard prospectif qui se déploie dans la prédiction des activités probables et vise à décider qu’une orientation est préférable à d’autres, selon un jugement qui porte sur la valeur de l’activité humaine dans un futur plutôt que dans un autre. Le défi de l’ergonomie devient alors de décrire l’activité humaine future probable et de définir des usages d’artéfacts possibles pour cette activité. Comment décrire le futur avec l’ergonomie ?

3.1. L’innovation implique une compréhension pertinente des usages : l’analyse de l’activité donne-t-elle cette compréhension ?

25Avant de s’intéresser au nouveau produit ou service à développer, l’ergonome cherchera d’abord à comprendre les activités réelles, ce que les gens font réellement avec les artéfacts qui sont à leur disposition. Ce faisant, il se centre sur la manière dont les usages sont programmés, ou plutôt préprogrammés par les projets d’innovation. Il analyse les situations, recense les tâches, modélise les activités humaines, explique les erreurs d’utilisation, analyse les incidents et les accidents s’il y a lieu, examine les plaintes et les réclamations des clients, analyse les demandes adressées au service de soutien à la clientèle. Ces analyses fines, précises et documentées le conduisent à décrire, formaliser et comprendre les activités réellement effectuées par l’opérateur, ainsi qu’à identifier les ajustements qu’il réalise pour s’adapter aux exigences de la situation. L’analyse de l’activité présente donc l’intérêt de faire émerger une approche globale des usages réels qui tienne compte à la fois des caractéristiques de l’individu, du contexte et du produit. Mais elle s’avère souvent insuffisante. En effet, Brangier et Bastien (20065) avaient souligné les limites de l’analyse de l’activité dans le domaine de l’innovation, car dans l’innovation :

  • la situation d’activité est à produire, les observations et les mesures ne peuvent donc y être effectuées, car la situation d’utilisation n’existe pas encore ;

  • on dispose d’une technologie (parfois seulement à l’état de projet), mais on ne sait pas encore exactement quoi en faire ni exactement à qui elle pourrait servir. Paradoxalement, il est même parfois demandé aux ergonomes de décrire l’activité que l’individu pourrait faire d’un système qui n’existe pas encore ;

  • la future activité de l’utilisateur n’est pas définie ni même envisagée, ce qui rend l’analyse essentiellement spéculative. On doit alors se baser sur des situations d’usage actuelles de produits comparables ou faisant partie d’un même écosystème technologique ;

  • les pratiques d’intelligence de la tâche, de catachrèse, de détournement d’usage du système ou produit qui reposent sur des compétences des opérateurs ne sont pas encore observables, faute d’avoir de l’expérience ;

  • la régulation des changements d’activités qui correspondent à des cassures dans les modes d’action sont encore inexistantes, donc pas observables.

26En bref, l’innovation bouleverse l’activité avant de la structurer. Aussi, l’analyse de l’activité n’est pas un prédicateur suffisant des usages futurs.

3.2. L’innovation s’exprime d’abord technologiquement.et les technologies étant de plus en plus ouvertes et flexibles, c’est l’identification des usages futurs qui fait souvent la différence entre les entreprises

27Les difficultés à prédire le comportement humain à partir de la connaissance d’un projet innovant sont énormes, notamment en raison du caractère très souvent numérique des innovations contemporaines. En effet, avec l’ordinateur, et a fortiori avec toutes les technologies numériques, une discontinuité entre l’apparence de l’objet et son usage voit le jour : il existe une rupture entre l’apparence des images, sons et textes provenant des ordinateurs et la technologie qui les supporte, à savoir le microprocesseur. La machine devient indéterminée et son usage difficile à prédire. Avec le microprocesseur, et toutes les technologies qui l’intègrent, l’objet n’est plus déterminé, mais très ouvert. La diversité apparente des outils informatiques ne doit pas nous masquer qu’ils reposent tous sur le même objet, objet inapparent au possible : le micro-processeur.

28Avec la puce et toutes les expressions qu’elle prend, le design de l’innovation change et évolue. Il passe d’un design de la forme à un design de la boite noire. L’apparence ne nous renseigne plus sur les possibilités de l’outil. Tous les ordinateurs, les tablettes et les téléphones ont quasiment la même apparence, la monotonie de leur forme rompt pourtant avec la diversité de leurs programmes, et donc de leurs usages. L’apparence est quasi-identique et les possibilités d’usage quasi-infinies : traitement de textes, géo-localisation, simulateurs de vols, gestion de stocks, jeux... C’est avec l’usage que nous découvrons l’esthétique des technologies. L’esthétique n’est donc plus une donnée de fait s’imposant à tous par son apparence. La perception esthétique de l’objet est non plus seulement liée à l’apparence externe de l’objet, mais aussi et surtout liée à la capacité évocatrice des programmes, c’est-à-dire à son usage. L’innovation prend de la valeur par l’usage.

29La place occupée par le microprocesseur nous montre à quel point les innovations actuelles reposent sur une machine indéterminée. D’une certaine manière sur le plan technologique, la puce est inachevée : c’est seulement une fois le programme lancé qu’elle acquiert des possibilités d’usages. De ce point de vue, concevoir revient à envisager la manière dont les gens vont utiliser les machines. En d’autres termes, concevoir des technologies c’est concevoir ce que les gens vont en faire, c’est penser les usages. L’important n’est pas tant la performance technologique, mais la capacité de l’Homme à en faire usage. L’aménagement d’environnements techniques correspond donc à un travail sur le psychologique, ou plus précisément à un travail qui vise à donner du sens (ou un sens) à des données abstraites, à des codes, des langages qui sont ceux du micro-processeur. Cette transformation est réalisée par le programme.

30En bref, auparavant avec les technologies classiques, il s’agissait de transformer, somme toute assez lentement, la nature et la matière pour les soumettre aux exigences humaines. À présent avec les technologies numériques, le taux de renouvellement des produits et des services est entré dans une phase exponentielle : les innovations sont de plus en plus rapides à concevoir, à produire et à diffuser. Comment l’ergonomie, avec ses méthodes et ses pratiques, peut-elle réagir pour définir des usages et ainsi devancer les technologies ?

4. Le futur de l’ergonomie

31La question du futur de l’ergonomie fut posée la première fois par Barlett (19626) qui prévoyait que les développements technologiques présenteraient un défi important pour l’ergonomie. Pour cet auteur, l’ergonomie devait devancer la technologie et prescrire ainsi les choix technologiques en les contraignant aux caractéristiques et besoins humains. Si beaucoup des prévisions de Bartlett se sont effectivement réalisées, il reste que l’ergonomie est plus une discipline qui suit les innovations qu’elle ne les devance l’une des raisons étant que la dimension prospective de l’ergonomie est très peu affirmée. Du coup, l’ergonomie est souvent bien en peine d’anticiper les besoins et de définir des usages futurs.

4.1. L’ergonomie prospective se donne pour objectif de construire des schémas prospectifs en mobilisant l’ensemble des connaissances relatives à l’humain qui s’avèrent utiles pour décrire des possibilités futures

32Par son orientation et ses objectifs, l’ergonomie prospective se différencie clairement de l’ergonomie de correction et de conception tout en les complétant (tableau 1). Elle ajoute des dimensions jusque-là peu développées de l’ergonomie. Parmi ces dimensions on trouvera des connaissances (des méthodes, des concepts et des démarches) qui permettent d’enrichir les approches classiques, à savoir :

  • La production de connaissances sur des utilisateurs qui n’existent pas encore. Il s’agit de techniques qui permettent d’appréhender des clients futurs, comme les techniques de personas (Brangier et Bornet7, 2011 ; Brangier, Bornet, Bastien, Michel et Vivian, 20118), de scénarios (Rosson et Caroll, 20029). La technique des scénarios permet notamment de pré-tester des concepts et d’évaluer leurs impacts sur des utilisateurs cibles.

  • La stimulation et l’organisation de la créativité dans des projets innovants. Il s’agit de diverses techniques de gestion de contraintes (Bonnardel, 200610) ou de construction sociale des besoins futurs (Brangier, Dinet et Bastien, 2009 11; Bastien, Brangier, Dinet, Barcenilla, Michel et Vivian, 200912) qui permettent de soutenir la créativité des utilisateurs.

  • La prévisualisation d’artéfacts de manière à configurer l’usage des produits ou services futurs. Il s’agit à la fois de réaliser des maquettes, des prototypes, mais aussi de simuler des systèmes dans des environnements immersifs.

  • La compréhension des formes d’appropriation des artéfacts, au-delà des approches fonctionnelles qui limitent l’usage à la réalisation des fonctions du système. Les artéfacts sont façonnés pour les utilisateurs qui en même temps refaçonnent l’artéfact. La compréhension de ce va-et-vient entre l’artéfact et l’humain permet de comprendre les tours de mains particuliers, les catachrèses, les détournements d’usage, les formes de créativité des utilisateurs qui sont à la fois des indices de l’appropriation de la technologie, mais aussi des sources d’innovation par la prise en compte d’usages inédits. L’exploration des usages divergents possibles est à ce titre une source importante d’innovation.

  • L’identification a priori des erreurs, décrochages d’usages, baisses de performance et autres expériences malheureuses. L’interprétation des expériences malheureuses fournit des suggestions d’amélioration tout en estimant les performances dans l’usage de l’artéfact futur.

  • L’étude des succès et des échecs de produits commerciaux comparables à celui que l’on pense créer ou faisant partie du même écosystème technologique afin de tirer des leçons en matière de fonctionnalités, de connectivité, de mobilité, d’interfaces utilisateur, d’esthétique, etc. On pense ici en particulier aux lecteurs MP3, aux téléphones intelligents et aux tablettes interactives.

  • L’utilisation des tendances afin de définir le sens pris par l’innovation (Robert, 200313). Il s’agit de construire, selon les problèmes abordés, une statistique des tendances (démographie, sociologie, ethnologie, économie), de lister les possibilités technologiques (brevets, protection intellectuelle et industrielle, opportunités de développement) afin d’essayer de prévoir les évolutions du marché (ventes, consommation, comportements d’achat). Cette démarche de confrontation de tendances, de données industrielles et de perspectifs marketings sert à affiner les scénarios prospectifs et à les évaluer. Ce faisant, l’ergonomie prospective introduit les tendances, les projections statistiques et les données de marché dans son raisonnement.

Tableau 1. Différences et complémentarités des différentes formes d’interventions ergonomiques

Image 10000201000001F4000003526EA94A76.png

4.1. L’ergonomie prospective vise à élargir les points de vue sur les usages futurs en s’appuyant à la fois sur l’analyse ergonomique, l’hypercréativité et la prospective

33Il n’y a pas de recettes pour l’innovation, mais simplement des processus contingents et des conditions émergentes qui concourent ensemble à la construction d’une innovation. La raison n’agit pas seule dans l’innovation, pas plus qu’elle induit la décision gagnante. Dans de très nombreuses innovations, la science fondamentale ne suffit pas, il faut aussi, pour couvrir les aspects humains, une science appliquée faite d’études des comportements des clients, d’analyses des usages, de suivi des interactions humain-technologie, de créativité autour de la relation clientèle. C’est d’abord la créativité dans les usages qui démultiplie l’innovation et donne des avantages concurrentiels aux partenaires économiques. Mais la créativité n’est pas seule : elle se fonde toujours sur des analyses qui relèvent des usages (analyses ergonomiques) et du futur (analyses prospectives). Expliquons ces trois dimensions de la Figure 1 : la démarche prospective, l’hypercréativité (ou l’accroissement de la créativité), et les acquis de l’ergonomie.

4.2. La démarche prospective

34La prospective représente une démarche relativement organisée (voire déterministe) pour préparer et gérer le futur. Elle ne vise pas à prévoir l'avenir, mais à construire des schémas prospectifs sur la base de données disponibles (tendances et analyses). Elle donne de la lisibilité sur des futurs possibles et explicite des tendances qui peuvent être intégrées dans le raisonnement ergonomique.

4.3. L’hypercréativité

35Pour faire émerger l’innovation, il faut organiser le bouillonnement créatif. Si la créativité se définit comme une capacité individuelle et collective d’imaginer un concept neuf, un objet inédit, un produit novateur, une solution nouvelle ou simplement un fait original, la notion d’hypercréativité démultiplie, par des techniques et des mises en contextes, les idéations créatives.

Figure 1. L’articulation générale de l’ergonomie prospective : l’ancrage dans l’ergonomie de correction et de conception, l’hypercréativité et la prospective

Image 10000000000001F40000016F2D5EE825.png

36L’hypercréativité mobilise des techniques psychologiques et psychosociologiques de dénombrement d’idées qu’un individu ou groupe d'individus sera amené à produire. Pour illustration, on parle d’hypercréativité lorsque le processus d’idéation aboutit à des centaines d’idées nouvelles. L’hypercréativité témoigne ainsi de la capacité des individus à utiliser des techniques de potentialisation de la créativité qui les amènent à produire un grand nombre d’idées. À titre d’exemple, Nelson (201114) dans des recherches menées sur l’analyse prospective des usages a montré que des groupes stimulés par des techniques particulières pouvaient générer environ deux cents idées en deux heures. L’hypercréativité d'un individu ou d'un groupe est donc sa capacité à produire, selon des méthodes et des techniques, une grande quantité de solutions, d'idées ou de concepts, dans un laps de temps contraint.

37Avec l’hypercréativité, l’ergonomie prospective s’appuie donc sur le pouvoir de l’idéation individuelle et collective pour concourir de manière efficace et efficiente à la production de solutions et scénarios prospectifs.

4.4. Les acquis de l’ergonomie

38Bien évidemment, l’ergonomie prospective peut utiliser tous les acquis de l’ergonomie en termes d’approches, de méthodes, de concepts, de théories, de modèles, de normes et d’outils. Mais l’ergonomie prospective va plus loin, car elle ouvre sur une nouvelle temporalité – celle du futur – qui était très souvent absente de l’ergonomie de correction (temporalité du passé : l’ergonome corrige les défauts) et de l’ergonomie de conception (temporalité du présent : l’ergonome intervient sur un système dont la conception est déjà engagée).

Conclusion

39Cet article a présenté les éléments fondamentaux d’une ergonomie prospective centrée sur l’innovation et la création de nouveaux systèmes, produits ou services. A fortiori, l’ergonomie est capable d’intervenir dans des domaines où aucune demande n’est exprimée. Elle peut ainsi progresser comme une discipline autonome et s’affranchir des demandes initiées par d’autres, tels les ingénieurs, les responsables de santé et sécurité du travail, les chefs de production, les informaticiens. Si elle peut appréhender la question des besoins humains actuels et futurs, grâce à ses méthodes et concepts, elle peut aussi compter sur les méthodes et les outils utilisés en ergonomie de conception (qui sont aussi ceux du design, de l’ingénierie et de l’informatique) pour spécifier, prototyper, tester et réaliser les artéfacts du futur. Militons donc pour que l’ergonomie puisse agir en toute autonomie dans des projets innovants, et qu’elle puisse initier, créer, concevoir, développer et diriger des projets. C’est cette mission que nous confions à l’ergonomie prospective.

40Mais pour autant, cette mission est-elle réaliste ? Tout d’abord, il apparaît que le contexte est favorable. Sur le plan social, le constat est souvent fait que la réussite d’un produit ou d’un système passe par des coûts compétitifs, une qualité excellente, une bonne image et une ergonomie optimisée. De ce point de vue, l’ergonomie est un argument de vente des produits et surtout un attribut des produits et services. Or en considérant l’ergonomie comme un attribut, nous restons dans le registre de la correction ou de la conception. Notre question fondamentale est de savoir si l’ergonomie contemporaine peut passer du statut d’attribut supplétif d’une situation ou d’un produit à celui d’un vecteur de production de produits et systèmes ? Plus simplement énoncé, pouvons-nous imaginer que l’ergonomie soit autre chose qu’une variable du système de production, mais qu’elle devienne un ordonnateur du système lui-même ? Bien évidemment, notre réponse est affirmative, car il appert que l’innovation à partir de la connaissance de l’humain est faisable. Mais en même temps, cette innovation est restreinte à une innovation incrémentale et tributaire des technologies disponibles maintenant ou dans un proche avenir. Ainsi, un ergonome du XVIIIe siècle à qui on demanderait d’étudier les conducteurs de fiacres ou de diligences ne pourrait jamais, inventer la voiture ou l’avion à partir de ses résultats d’analyses.

41L’ergonomie prospective a des limites : celles de l’optimisation des caractéristiques qui relèvent de l’activité humaine et de l’accumulation continue d’innovations incrémentales. L’innovation radicale, celle qui vient de la recherche fondamentale, ne lui est pour l’instant pas encore accessible. Ainsi, l’ergonomie prospective peut préciser sa mission d’innovation : elle doit viser à comprendre les adaptations du système et de l’humain, et donc considérer qu’une adaptation ergonomique n’est jamais achevée, mais s’inscrit toujours dans une dynamique de perpétuelle évolution.

Bibliographie

Bartlett (1962). “The future of ergonomics”, Ergonomics, Vol. 5, 505-511.

Bastien, J-M.-C., Brangier, E., Dinet, J., Barcenilla, J., Michel, G., Vivian, R., (2009), “The Expert Community Staff: An innovative method for capturing end-users’ needs”, in L. Norros, H. Koskinen. L, Salo and Savioja. P. Designing beyond the product: understanding activity an user experience in ubiquitous environments. ECCE’2009, European Conference on Cognitive Ergonomics, 374-379.

Bonnardel, N., (2006). Créativité et conception. Approches cognitives et ergonomiques, Marseille, Solal Editions

Brangier, E., Bastien, J-M-C., (2006), « L’analyse de l’activité est-elle suffisante et/ou pertinente pour innover dans le domaine des nouvelles technologies ? », in Vallery. Amalberti, R., (Eds). L'analyse du travail en perspective: influences et évolutions. Toulouse : Octarès, Coll. “Entreprise, Travail, Emploi”, 143-156.

Brangier, E., Bornet, C., (2011). « Persona: A method to pro-duce representations focused on consumers’ needs”, in Karwowski, W., Soares, M., Stanton, N.,(Eds). Human Factors and ergonomics in Consumer Product Design. Taylor and Francis, pp. 38-61.

Brangier, E., Bornet, C., Bastien, J-M-C., Michel, G., Vivian, R., (2011). « Effets des personas et contraintes fonctionnelles sur l’idéation dans la conception d’une bibliothèque numé-rique », Le Travail Humain. (À paraître).

Brangier, E., Dinet, J., Bastien, J-M-C., (2009). « La méthode des staffs d'experts de communautés. Orientation théorique, démarche méthodologique et application pratique », Document numérique, 12(2), pp. 111-132.

Brangier, E., Robert, J-M., (2010). « Manifeste pour l’ergo-nomie prospective : anticiper de futures activités humaines en vue de concevoir de nouveaux artéfacts », in David, B., Noirhomme, M., Tricot, A., (Eds) Proceedings of IHM 2010, International Conference Proceedings Series, New York: ACM, 2010, pp. 57-64.

Christensen, J-M., (1988). “Human Factors definitions. Définition de l’Executive Council of the Human Factors Society”, The Human Factors Society Bulletin, 31(3), pp. 7-8.

IEA (2011) International Ergonomics Association. What is Ergonomics? Site consulté le 10 août 2011. http://www.iea.cc

Jastrezbowski. W., (1857). An Outline of Ergonomics or Science of Work Based Upon Truths Drawn from the Science of Nature (in Polish), Translated to English 1997, Warsaw: The Institute of Labour Protection.

Nelson, J., (2011). Contribution à l’analyse prospective des usages dans les projets d’innovation. Thèse de doctorat. ENSAM-ParisTech. 211 pages.

Robert, J-M., (2003). « Que faut-il savoir sur l’utilisateur pour concevoir des interfaces de qualité ? », in Boy G.A. (Ed.). Ingénierie cognitive : IHM et Cognition, Paris, Hermès, pp. 249-284.

Robert, J-M., Brangier, E., (2009). « What is prospective ergonomics? A reflection and position on the future of ergonomic”, in B.-T. Karsh (Ed.) : Ergonomics and Health Aspects, LNCS 5624, pp. 162–169.

Rosson, M., Carroll, J., (2002). Usability Engineering: Scenario-Based Development of Human-Computer Interaction, Morgan Kaufmann.

Notes

1 Jastrezbowski. W, (1857). An Outline of Ergonomics or Science of Work Based Upon Truths Drawn from the Science of Nature (in Polish), Translated to English 1997, Warsaw: The Institute of Labour Protection.

2 Wisner. A, (1972[1995]). Le diagnostic en ergonomie ou le choix des modèles opérants, pp 79-102, In Wisner.A, (1995). Réflexions sur l’ergonomie (1962-1995) (pp. 79-102). Toulouse: Octarès Éditions.

3 Christensen. J-M, (1988). “Human Factors definitions. Définition de l’Executive Council of the Human Factors Society”, The Human Factors Society Bulletin, 31(3), pp. 7-8.

4 IEA (2011) International Ergonomics Association. What is Ergonomics? Site consulté le 10 août 2011. http://www.iea.cc

5 Brangier. E, et Bastien. J-M-C, (2006), « L’analyse de l’activité est-elle suffisante et/ou pertinente pour innover dans le domaine des nouvelles technologies ? », in Vallery. G, Amalberti. R, (Eds). L'analyse du travail en perspective: influences et évolutions. Toulouse : Octarès, Coll. “Entreprise, Travail, Emploi”, 143-156.

6 Bartlett (1962). “The future of ergonomics”, Ergonomics, Vol. 5, 505-511.

7 Brangier. E, Bornet. C, (2011). « Persona: A method to pro-duce representations focused on consumers’ needs”, in Karwowski.W, Soares. M & Stanton. N (Eds). Human Factors and ergonomics in Consumer Product Design. Taylor and Francis, pp. 38-61.

8 Brangier. E, Bornet. C, Bastien. J-M-C, Michel. G et Vivian. R, (2011). « Effets des personas et contraintes fonctionnelles sur l’idéation dans la conception d’une bibliothèque numé-rique », Le Travail Humain. (À paraître)

9 Rosson. M, and Carroll. J, (2002). Usability Engineering: Scenario-Based Development of Human-Computer Interaction, Morgan Kaufmann.

10 Bonnardel. N, (2006). Créativité et conception. Approches cognitives et ergonomiques, Marseille, Solal Editions

11 Brangier. E, Dinet. J et Bastien. J-M-C, (2009). « La méthode des staffs d'experts de communautés. Orientation théorique, démarche méthodologique et application pratique », Document numérique, 12(2), pp. 111-132.

12 Bastien. J-M-C, Brangier. E, Dinet. J, Barcenilla. J, Michel. G et Vivian. R, (2009), “The Expert Community Staff: An innovative method for capturing end-users’ needs”, in Norros. L, Koskinen. H, Salo. L and Savioja. P. Designing beyond the product: understanding activity an user experience in ubiquitous environments. ECCE’2009, European Conference on Cognitive Ergonomics, 374-379.

13 Robert. J-M (2003). « Que faut-il savoir sur l’utilisateur pour concevoir des interfaces de qualité ? », in Boy G.A. (Ed.). Ingénierie cognitive : IHM et Cognition, Paris, Hermès, pp. 249-284.

14 Nelson. J, (2011). Contribution à l’analyse prospective des usages dans les projets d’innovation. Thèse de doctorat. ENSAM-ParisTech. 211 pages.

Pour citer cet article

Jean-Marc Robert, Éric Brangier (2015). "L’innovation par l’ergonomie : Eléments d’ergonomie prospective". - La revue | Numéro 1 : Innovation? une problématique pluridisciplinaire.

[En ligne] Publié en ligne le 02 février 2015.

URL : http://innovacs-innovatio.upmf-grenoble.fr/index.php?id=234

Consulté le 28/05/2017.

A propos des auteurs

Jean-Marc Robert

Docteur en psychologie appliquée (ergonomie cognitive) et professeur titulaire au département de mathématiques et de génie industriel de l’École Polytechnique de Montréal. Il y enseigne l’ergonomie cognitive, l’analyse de l’activité et les interactions humain-ordinateur. Ses recherches portent sur l’utilisabilité des interfaces humain-machine, l’expérience utilisateur et l’ergonomie dans la création de nouveaux produits.

Éric Brangier

Professeur des universités au laboratoire Perseus (Psychologie, Ergonomique et Sociale pour l’Expérience utilisateur) de l’Université de Lorraine. Ses activités d’enseignement portent sur l’utilisabilité, la psychologie du travail, l’ergonomie des produits et systèmes, la psychologie sociale des organisations, la communication humain-machine et l’ergonomie informatique. Il mène ses recherches en relation humaines-technologie-organisation, avec un angle relevant à la fois de l’ergonomie cognitive et de la psychologie des organisations.




Contacts

SFR INNOVACS

Université Grenoble Alpes

1221 avenue centrale - Domaine universitaire

38400 Saint-Martin d'Hères

sabrina.barbosa@univ-grenoble-alpes.fr

http://innovacs.univ-grenoble-alpes.fr/

Abonnez-vous

Recevez en temps réel les dernières mises à jour de notre site en vous abonnant à un ou à plusieurs de nos flux RSS :

Informations légales

ISSN électronique :

Dernière mise à jour : 23 février 2017

Edité avec Lodel.

Administration du site (accès réservé)