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Université – Industrie : Limites et potentiel de divers modes de transfert de connaissances

frPublié en ligne le 02 février 2015

Par Jean-Jacques Degroof

Résumé

Cet article fait également le constat de la nécessaire évolution des politiques publiques d’innovation et de la R&D. Jean-Jacques Degroof interroge l’application du modèle importé des USA « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs » au contexte européen. En examinant les difficultés intrinsèques au transfert de technologie par la création de spin-offs, l’auteur suggère une explication reposant sur une limite propre aux régions européennes, à savoir une tradition entrepreunariale faible. Il défend la nécessité d’aller au-delà de ce modèle et d’adopter une perspective plus large de la contribution des universités à l’innovation et au développement local.

Introduction

1Dans les années 1990, la chute du mur de Berlin et l’innovation technologique accélèrent le processus de mondialisation. Avec le développement des technologies de l’information et des biotechnologies, il apparaît de plus en plus clairement que le monde évolue vers une société de l’information et de la connaissance. Les responsables politiques s’inquiètent alors du fait que, comparé aux Etats-Unis, l’Europe a pris du retard dans la plupart des secteurs technologiques de pointe et qu’elle a besoin de plus d’innovation. Ce thème est central, par exemple, dans l’accord de Lisbonne de l’Union Européenne, qui était censé faire de l’Europe la région la plus dynamique et la plus compétitive dans le monde à l’horizon 2010.

2Les succès de Boston et de la Silicon Valley, suggèrent à l’époque de nouveaux modes d’innovation et de croissance économique. Dans ce « modèle », les liens entre universités et industrie constituent un élément central. De plus, l’entrepreneuriat apparaît comme un mode innovant de transfert de technologie des institutions académiques de recherche vers l’économie, notamment via l’essaimage de jeunes entreprises tentant de commercialiser des technologies développées dans des laboratoires universitaires. Cet « entrepreneuriat académique » doit s’appuyer sur un financement à base de capital-risque.

3Le modèle d’innovation importé des USA est donc basé sur une recherche et développement (R&D) intensive dans les secteurs de haute technologie, le dépôt de brevets et la vente de licences, l’essaimage de jeunes entreprises à partir des centres de recherche et le financement de ces initiatives entrepreneuriales par du capital-risque. C’est pourquoi je le qualifierai, en court, de modèle « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs ».

4Dans la seconde partie des années 1990, de nombreuses initiatives voient le jour en Europe pour promouvoir ce modèle. Par exemple, pour faciliter le transfert de technologie des universités 1 vers l’industrie, des financements publics sont mis en place pour créer des départements de technologie au sein des universités. Les réglementations évoluent pour donner la propriété intellectuelle de leurs découvertes aux institutions d’enseignement, tandis que la création de fonds d’amorçage est facilitée pour financer les jeunes entreprises tentant de commercialiser des technologies issues du monde académique.

5Les décideurs publics européens, de leur côté, assignent aux universités, à coté de leurs rôles traditionnels d’enseignement et de recherche, une troisième mission de transfert de technologie et de développement économique local. Des initiatives naissent, visant à développer le secteur du capital-risque ou à compenser ses lacunes par des financements publics. C’est par exemple à cette époque que plusieurs bourses visant la cotation de jeunes entreprises voient le jour.

6Dix à quinze années après le début de ce mouvement, quel bilan pouvons-nous tirer  de ce modèle « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs », et plus spécifiquement de l’impact des spin-offs sur le rattrapage technologique en Europe?

7Il y a une dizaine d’année, la Commission Européenne et l’OCDE établissaient que l’impact du transfert de technologie par l’essaimage de « spin-offs » était assez limité2. L’étude de l’OCDE révélait qu’en dehors des Etats-Unis, pas plus de deux douzaines de spin-offs sont créées dans la plupart des pays chaque année. La taille de ces sociétés, leur taux de croissance, leur chiffre d’affaires et le nombre de produit qu’elles mettent sur le marché sont modestes. La plupart des spin-offs survivent, mais ne croissent pas beaucoup. Les spin-offs sont concentrées principalement dans les secteurs biomédicaux et des technologies de l’information. La plupart des spin-offs viennent d’un petit nombre d’universités de haut niveau. Un souci particulier était que les spin-offs académiques avaient tendance à rester de « petites boutiques » et très peu grandissaient pour devenir des leaders internationaux dans leur domaine. Des chercheurs ont fait des constations similaires plus récemment3. De fait, l’essaimage de spin-offs n’a pas donné lieu à l’émergence de leaders technologiques mondiaux comme on pouvait l’espérer. Les objectifs de l’accord de Lisbonne - faire de l’Europe la région la plus dynamique et la plus compétitive dans le monde pour l’année 2010 - se sont donc soldés par un échec retentissant.

8A quels facteurs pouvons-nous attribuer ce relatif échec en Europe du modèle « recherche intensive - brevets – licences - spin-offs » ?

9La question peut être abordée sous trois angles. Premièrement, je propose d’examiner les difficultés intrinsèques au transfert de technologie par la création de spin-offs. Deuxièmement, je suggère une explication reposant sur une limite propre aux régions européennes, à savoir une tradition entrepreneuriale faible. Enfin, je défendrai l’intérêt d’aller au-delà de ce modèle et d’adopter une perspective plus large de la contribution des universités à l’innovation et au développement local.

1. Les défis au modèle « recherche intensive - brevets – licences - spin-offs »

10Rappelons que les spin-offs sont par définition de jeunes entreprises. Cette catégorie connaît traditionnellement un taux d’échec important. Intrinsèquement, la commercialisation de technologies issues du monde académique par l’entrepreneuriat est donc une voie risquée, même si elle recèle un important potentiel d’innovation.

11L’innovation par l’essaimage de spin-offs des universités a probablement été vue comme une panacée. En réalité, la commercialisation par l’essaimage de spin-offs n’est pas adaptée à toutes les technologies ni à toutes les industries. 4

12Les technologies où les spin-offs ont un avantage sur les entreprises établies sont les plus difficiles à commercialiser. Il s’agit de technologies qui représentent des innovations radicales, qui sont à un stade de développement précoce et qui ont des applications multiples. En outre, il est préférable que ces technologies fournissent une valeur ajoutée importante pour leurs utilisateurs et qu’elles représentent une avance technologique majeure pour que les clients potentiels envisagent leur adoption, malgré une fiabilité moindre dans beaucoup de cas. Les technologies appropriées pour les spin-offs doivent probablement incorporer une connaissance tacite importante, afin de donner à l’entreprise un avantage important sur les concurrents potentiels. Enfin, il est préférable qu’elles disposent d’une forte protection de la propriété intellectuelle sous peine, pour la spin-off, d’être soumises très tôt à une concurrence ardue. Ces caractéristiques contribuent à protéger les spin-offs de la concurrence des entreprises établies, car celles-ci s’intéressent plus aux innovations incrémentales que radicales et aux technologies ayant un degré de développement plus avancé. Cependant, les spin-offs sont de ce fait amenées à commercialiser les technologies les plus difficiles. Par exemple, commercialiser une invention radicale représente un défi semé d’embûches. Au début, la technologie est souvent moins fiable que ces substituts existants, ses applications exactes ne sont pas toujours claires, elle manque de légitimité et il n’est pas évident qu’elle puisse fonctionner à grande échelle. De plus, les jeunes entreprises innovantes qui sont les premières à introduire une innovation radicale sont rarement celles qui dominent leur marché à terme. Elles survivent rarement à la période d’expansion de leur marché. Généralement, des compétiteurs moins précoces, mais maîtrisant des savoir-faire en matière de consolidation, arrivent à grandir plus vite, à capturer l’essentiel de la valeur créée par l’innovation radicale et à dominer leur marché5.

13Le fait que toutes les technologies ne soient pas adaptées à la commercialisation par l’essaimage d’une spin-off n’a probablement pas assez été suffisamment pris en considération par les entrepreneurs et les responsables de politiques de soutien aux spin-offs. Il peut expliquer une partie des limites aux tentatives de développer ce mode de transfert de technologie.

14De même que tous les types de technologies ne se prêtent pas à une commercialisation par la création de spin-offs, certaines industries sont plus propices à ce mode de commercialisation que d’autres. De fait, on peut observer que les spin-offs se concentrent dans un nombre limité d’industries, dont les plus communes sont les industries de la biotechnologie et du software6. Scott Shane7 estime que les spin-offs conviennent mieux aux industries offrant une protection industrielle forte, reposant sur une base technologique jeune, et caractérisées par des marchés segmentés. En revanche, elles ont un désavantage dans les industries où il est important de disposer d’actifs complémentaires ( complementary assets ) et dans les industries dominées par de grandes firmes.

15Par exemple, le secteur biomédical se prête bien à la commercialisation par spin-offs, et cela pour plusieurs raisons. En biotechnologie la recherche académique produit des résultats directement commercialisables. Le manque d’expertise de marché des chercheurs est moins un handicap que dans les sciences physiques. Les cycles de développement de produit dans les sciences de la vie sont plus longs que dans les sciences physiques et plus proche des cycles académiques. Dans le domaine biomédical, les clients sont moins sensibles au coût et privilégient plutôt la performance du produit. Les produits dans le domaine biomédical peuvent souvent être utilisés indépendamment d’autres produits, contrairement à la plupart des industries dont les produits doivent être plus souvent compatibles avec des produits et processus existants. Enfin, les inventions dans le domaine biomédical se prêtent bien à une protection de la propriété intellectuelle.

2. Les défis particuliers au modèle dans le contexte européen.

16En Europe, le modèle dominant d’entrepreneuriat est encore largement celui de la «PME » (Petite et Moyenne Entreprise), voir de la « TPE » (Très Petite Entreprise)8. A sa création, la TPE-PME est avant tout un substitut à un emploi et / ou un instrument permettant de poursuivre des objectifs liés à des choix de vie (lifestyle) comme l’indépendance, ou, dans les cas des entrepreneurs actifs dans le domaine technologique, le fait de travailler sur des projets technologiques de pointe9. Ce type d’entreprises a tendance à être caractérisé par une faible capitalisation, un actionnariat fermé, un management faible, une absence ou une faible orientation favorable à la croissance, et par conséquent une petite taille.

17Le second archétype d’entrepreneuriat est celui, moins répandu, de la start-up de croissance, qui a émergé dans les années 1970 dans les régions de hautes technologies américaines bien connues comme celles de Boston et de la Silicon Valley et qui s’est diffusé internationalement entre-temps. Son émergence coïncide avec le développement de l’industrie du capital-risque10. Les start-up de croissance, en particulier celles qui sont financées par du capital-risque, forment une toute petite minorité des nouvelles entreprises, même parmi les entreprises de technologie. Cependant, à cause de leur objectif de croissance et de leur caractère innovant, les plus performantes ont eu un impact économique considérable aux Etats-Unis. Dans certains cas, elles ont changé les règles d’industries entières et elles ont même créé de nouvelles industries, comme, par exemple, l’industrie de la biotechnologie. 11

18Alors que les PME constituent en majorité un substitut à un emploi pour leurs fondateurs, les jeunes entreprises de croissance visent à créer de la valeur économique pour leurs fondateurs et leurs actionnaires, qui se traduit un jour, si tout va bien, par une réalisation de la richesse ainsi créée sous la forme d’une vente ou d’une introduction en bourse. 12

19Ce concept d’entrepreneuriat implique un partenariat entre entrepreneurs, investisseurs et divers fournisseurs de service, à la différence du modèle d’entrepreneuriat de type TPE-PME qui est relativement fermé aux intervenants extérieurs en dehors du ou des fondateurs. Ce partenariat est motivé par les perspectives de croissance qu’offre l’entreprise, alors que dans la TPE-PME, le fondateur et ses proches sont liés par le désir d’indépendance. Les TPE-PME et les start-up de croissance diffèrent en particulier en termes d’actionnariat. Dans le premier cas, l’actionnariat est fermé et concentré dans les mains du ou des fondateurs et parfois de leurs familles. Ceux-ci manifestent souvent une grande résistance à ouvrir leur capital à des investisseurs extérieurs, ce qui est cohérent avec leurs objectifs d’indépendance et le fait que l’entreprise est principalement un substitut à un ou des emplois. Par contraste, l’ouverture du capital à d’autres actionnaires est intrinsèque au modèle de la start-up de croissance. L’ambition du projet commercial nécessite parfois des capitaux considérables.

20Alors que les patrons de TPE-PME désirent typiquement conserver 100% du capital de leur firme quitte à rester petits, l’actionnariat des fondateurs de start-up de croissance qui sont financées par du capital-risque est extrêmement dilué. Les fondateurs finissent par posséder un petit pourcentage de la société, mais celle-ci aura grandi considérablement en cas de succès et aura une valeur représentant un multiple de la valeur à laquelle les investisseurs extérieurs seront entrés. La nature des actionnaires est fort différente. Dans les TPE-PME, il est composé des fondateurs et de leurs proches, tandis que dans le cas de la start-up de croissance l’actionnariat s’élargit  progressivement avec l’entrée d’investisseurs de type institutionnels qui ont une responsabilité fiduciaire à l’égard de leurs propres investisseurs.

21L’ouverture ou la fermeture du capital de la firme se traduit aussi par des conseils d’administration fort différents. Dans le cas des TPE-PME, le conseil d’administration est composé de proches des fondateurs et reproduit généralement la structure de l’actionnariat. Les conseils d’administration d’une start-up de croissance se diversifie au fil du temps et comprend rapidement des membres indépendants de l’actionnariat. Ceci donne à l’entreprise un accès à des connaissances plus larges et à des ressources plus importantes en même temps que cela introduit plus de discipline dans la supervision du management.

22Les deux archétypes varient aussi en termes de management. Dans la TPE-PME il y a un recouvrement entre l’actionnariat et le management et cela a tendance à ne pas changer au fil du temps à cause de la résistance du dirigeant-fondateur à ouvrir le capital. Il en résulte souvent une qualité du management médiocre. Dans le cas de la start-up de croissance, au contraire, au fil du temps l’actionnariat et le management se différencient par l’ouverture du capital et par le découplage  entre la gestion et la supervision. Il en résulte typiquement une professionnalisation du management par l’engagement de dirigeants et de cadres expérimentés, ce qui est normalement une exigence des actionnaires extérieurs. Il n’est pas rare qu’un fondateur cède après un certain temps le poste de direction à un cadre expérimenté venu de l’extérieur. Cette professionnalisation du management permet de mieux poursuivre les objectifs de croissance.

23Finalement, le modèle de l’entreprise de croissance suppose une vente partielle ou totale de l’actif après quelques années afin de permettre aux investisseurs et aux fondateurs de concrétiser leurs efforts et leur prise de risque sous la forme d’un gain en capital. Cela prend généralement la forme d’une vente à une plus grande entreprise ou bien d’une introduction en bourse. Au contraire, la logique de la PME est la continuité en vue de maintenir l’indépendance du fondateur et de préserver la source de ses revenus.

24L’archétype de la start-up de croissance s’est diffusé en Europe depuis la fin des années 1990, mais, même si ses contours sont plus familiers qu’avant 1995, peu d’entrepreneurs et de responsables de politiques économiques semblent comprendre combien ce modèle est différent de la conception traditionnelle de la TPE-PME notamment en termes de gouvernance. Cela constitue encore aujourd’hui un obstacle à la formation de spin-offs structurées de manière adéquate pour capter des opportunités commerciales significatives. Les responsables politiques et économiques européens comprennent encore mal combien l’ambition de croissance du projet entrepreneurial doit être considérable pour justifier le risque que prennent les investisseurs en s’engageant dans ce type de projet et leur fournir un rendement à la hauteur de celui-ci.

Tableau 1. Comparaison de deux modèles d’entreprenariats

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25Le modèle entrepreneurial de la start-up de croissance est quasi indissociable de l’existence d’une industrie du capital-risque. Or, celle-ci reste sous-développée en Europe et peu intéressée à financer les stades précoces de développement des jeunes entreprises.

26La dichotomie présentée ci-dessus entre TPE-PME et start-up de croissance est naturellement « idéalisée » et simplifiée pour les besoins de la démonstration. Le propos ici n’est bien entendu pas d’affirmer qu’il ne faut pas de TPE-PME, mais que les start-ups de croissance sont encore insuffisantes pour réaliser le rattrapage technologique souhaité par les responsables politiques. Il consiste aussi à suggérer que le relatif échec de nombreux projets de spin-off est lié à l’adoption d’un modèle d’entrepreneuriat inadéquat pour exploiter des opportunités de marché ambitieuses13. Il est clair que dans une perspective de développement des territoires, il faut un tissu diversifié d’entreprises composées de TPE, de PME, de start-up de croissance et de grandes entreprises, de préférence leaders dans leur industrie. Les politiques de soutien aux spin-offs doivent être adaptées aux types de modèles d’entreprises qui sont promus. Consacrer par exemple des ressources issues du capital-risque, censées financer de la croissance, à une entreprise de type PME constitue probablement une allocation inefficiente de moyens financiers. Chaque type de projet entrepreneurial nécessite une infrastructure de soutien adaptée.

3. Elargissement du modele « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs »

27Au delà des limites propres du modèle « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs », il est légitime de se demander si la contribution des universités à l’innovation n’a pas été conçue trop exclusivement sous l’angle de l’essaimage de spin-offs et si le phénomène n’est pas plus complexe. Au cours de ces dernières années, des chercheurs ont examiné cette question et ont en effet proposé des arguments dans ce sens. 14

28Richard K. Lester et son équipe du MIT Industrial Performance Center défendent l’idée selon laquelle l’importance économique et le potentiel du modèle d’innovation centré sur la déclaration d’invention par des chercheurs, le dépôt d’un brevet et la vente d’une licence à une start-up a probablement été exagéré. La focalisation sur ce mode de transfert de connaissances de l’université vers l’industrie est selon eux trop étroite. Les flux de connaissance importants de ce type sont en fait plus variés.

29Par exemple, Agrawal et Henderson 15 ont interrogé 70 professeurs du département génie électrique ou d'ingénierie mécanique et d'ingénierie électrique et de sciences de l’information du MIT16, tous détenteurs de brevets. Ces derniers ont indiqué que seulement 7% du transfert de connaissance de leurs laboratoires étaient attribuables au fait de breveter une invention et de vendre une licence. L’activité de conseil (ou de consultants) des professeurs, les publications et le recrutement des étudiants dans l’industrie jouaient un rôle plus important selon eux.

Graphique 1. Perception par des Professeurs de MIT de l’importance relative des canaux de transfert de connaissances alternatifs de l’Université à l’Industrie

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30De leur côté, Cosh, Hughes et al.17 ont demandé à un large échantillon d’entreprises américaines et du Royaume-Uni, grandes et petites, de classer une liste d’interactions entre l’entreprise et les universités qui contribuent à leurs activités d’innovation. Le graphique 2, qui résume leurs résultats, indique que dans les deux pays, les entreprises sont impliquées dans toutes les activités contribuant à l’innovation. Les contacts informels sont les plus souvent cités, avant les activités traditionnelles des universités, à savoir la formation de diplômés, les publications et les conférences. Le dépôt de brevets et la vente de licence sont parmi les activités les moins citées dans les deux pays. Cela démontre, selon les auteurs, qu’il faut prendre en compte l’ensemble des activités des universités pour comprendre leur rôle en termes d’innovation dans la société et ne pas se focaliser sur les brevets et la vente de licences. Ces résultats sont consistants avec ceux de A. Agrawal et R. Henderson, mais vu du point de vue des entreprises.

Graphique 2. Type d’interactions Industrie – Université qui contribue à l’innovation

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31Ces auteurs ont ensuite demandé aux entreprises qui avaient conduit des activités d’innovation au cours des trois dernières années d’indiquer l’origine des connaissances nécessaires pour réussir cette innovation. Ils leur ont aussi demandé l’importance qu’elles attachent à cette source de connaissance. Le résumé des réponses apparaît dans le graphique 3. Dans les deux pays, les universités obtiennent un résultat faible en termes de fréquence d’usage. Les sources de connaissances qui comptent le plus aux yeux des entreprises sont les sources industrielles (clients, fournisseurs, concurrents) et les connaissances internes à l’entreprise. Les auteurs relèvent que ces résultats sont en ligne avec les résultats d’autres études récentes, comme la CBI Innovation Survey au Royaume-Uni et la Carnegie Mellon Survey18 aux USA19. Ces résultats indiquent que si la base de connaissance interne des entreprises est la plus souvent utilisée et la plus valorisée, elle ne l’est jamais isolément. Il y a clairement un « système » de connaissances servant aux entreprises pour innover et les universités ne jouent qu’un rôle mineur au sein de ce système. Cela ne signifie pas que le rôle des universités dans ce système est sans importance, mais qu’il doit être appréhendé dans un contexte plus large de flux de connaissances contribuant à l’innovation. D’autre part, si le rôle des universités est quantitativement faible, il joue certainement un rôle qualitativement important20.

Graphique 3. Utilisation des sources de connaissances pour les activités d’innovation

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32Ces résultats sont utiles pour garder en perspective le rôle des universités comme source de connaissance pour l’innovation au sein du système d’innovation général. D’une part, elles ne sont qu’un élément d’un système de flux de connaissances qui servent aux entreprises pour mener leurs activités d’innovation. D’autre part, dans les intéractions universités – entreprises, les flux de transferts de connaissances sont plus nombreux que les seuls dépôts de brevet et ventes de licences. Ceux-ci ne sont en outre pas parmi les plus importants.

33Une autre étude suggère en outre que le rôle exercé par les universités dans les activités d’innovation des entreprises locales varie selon le type de transformation industrielle ayant cours dans ce territoire21. Cette étude qualitative a distingué quatre types de processus de transformation industrielle.

34Le premier, qualifié de indigenous creation, pourrait se traduire par « création spontanée ». Il s’agit de l’émergence d’une industrie nouvelle qui n’a pas d’antécédent dans la région. C’est le processus industriel qui est le plus associé avec les universités dans la littérature. Un exemple connu est le développement de l’industrie des semi-conducteurs dans la Silicon Valley. Parmi les cas de l’étude, le développement des biotechnologies à New Haven aux USA et le développement de l’industrie des télécommunications mobiles à Helsinki tombent dans cette catégorie. En réalité, on pourrait identifier certains antécédents dans tous ces cas, ce qui souligne qu’une industrie qui est complètement sans antécédents est très rare dans la réalité.

35Le second processus identifié est la transplantation. Il s’agit aussi du développement d’une industrie qui est nouvelle pour la région considérée, mais où le mécanisme principal repose sur son importation d’une autre région. Des exemples de l’étude incluent l’industrie automobile en Caroline du Sud après l’introduction d’une usine de BMW dans la région. L’introduction de grandes sociétés pétrolières d’exploration, de production et de service à Stavanger en Norvège et à Aberdeen en Ecosse, consécutive à la découverte de pétrole dans la Mer du Nord, a donné lieu au développement local d’une industrie pétrolière et d’exploitation du gaz.

36Le troisième processus est la diversification d’une industrie vers une industrie qui lui est liée. Dans ce cas, une industrie en déclin redéploie sa technologie de base pour faire émerger une nouvelle industrie. Un exemple cité par l’étude est celui de l’ingénierie et de la fabrication de polymères avancés développés à partir de l’industrie du pneu à Akron dans l’Etat de l’Ohio aux USA.

37Le quatrième processus est qualifié de « upgrading » ou de modernisation. Il passe par l’introduction de nouvelles technologies ou par l’amélioration de produit ou de services dans une industrie mature Ce cas est illustré par la revitalisation de l’industrie de la machinerie industrielle à Tampere en Finlande, grâce à l’intégration d’électronique, de technologies de contrôle et de télécommunications dans les systèmes traditionnels d’ingénierie mécanique. Ce processus a permis à des producteurs locaux de devenir des leaders mondiaux dans le domaine des équipements pour l’industrie forestière, du papier et des transports. Un autre exemple finlandais qui illustre ce processus est celui des industries alimentaires et pharmaceutiques à Turku, qui ont réussi à se moderniser grâce à la biotechnologie.

38Il est bien entendu que ces quatre types de transformation sont des modélisations et qu’en pratique les distinctions entre elles ne sont pas toujours aussi claires. Cependant, la taxonomie est utile. Elle suggère que les compétences, les ressources et les capacités institutionnelles associées à chaque mode de transition sont différentes. Notamment, il apparaît que les rôles des universités locales diffèrent significativement selon le type de transition.

39Ceci peut être illustré en comparant les processus de création spontanée et de modernisation.

Tableau 2. Comparaison du rôle des Universités et d’autres Institutions dans deux contextes de transformation industrielle

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40Dans le cas de la création spontanée d’une industrie, la culture d’innovation est ancrée dans le monde scientifique et elle est entrepreneuriale. En revanche, dans le cas d’une modernisation, la culture est plutôt basée sur l’analyse des besoins des clients et influencée par des approches et des pratiques de type Qualité Totale.

41Dans le cas de la création spontanée d’une industrie, une université ou un centre de recherches public est typiquement l’institution d’ancrage, tandis que dans le cas d’une modernisation, l’institution clé a plus tendance à être une entreprise locale dominante ou un client important. Lorsqu’il s’agit de formation d’une nouvelle industrie ayant de fortes connexions avec le monde scientifique, le rôle principal des universités est la formation de scientifiques ayant un niveau de doctorat et d’ingénieurs motivés par une carrière dans le monde entrepreneurial. Dans le cas de modernisations, ce sont des ingénieurs de moindre niveau académique qui présentent le plus de valeur. Ceux-ci ont en outre une connaissance de l’industrie dominante de la région acquise par des cours, des thèses et des mémoires-projets, ainsi que des stages en entreprise.

42En cas de création de nouvelle industrie, le processus de transfert de technologie de l’université est proactif et orienté vers les start-ups. Au contraire dans le cas de modernisation, le transfert de technologie de l’université vers l’industrie prend surtout la forme de collaborations à long terme entre l’université et les sociétés dominantes dans la région.

43J’ai défendu ci-dessus l’argument selon lequel les transferts de connaissance prennent de multiples formes, parmi lesquelles le dépôt de brevets et la vente de licence sont mineurs aux yeux des entreprises et des académiques. L’étude de Richard K. Lester et son équipe du MIT Industrial Performance Center ajoute qu’en outre ces transferts de connaissances prennent des formes différentes selon le type de dynamique industrielle locale. Cette étude recommande qu’une approche unique de la contribution des universités au développement économique local, qui se focaliserait sur le dépôt de brevets, la vente de licence et la création de start-ups, est probablement trop restrictive. Elle suggère de comprendre les processus de transformation industrielle en cours et la nature des processus d’innovation qui y sont associés. Tous les territoires ne sont pas des Silicon Valley, de même que toutes les industries ne ressemblent pas à la biotechnologie ou à l’industrie du software. De même, toutes les universités n’ont pas les attributs ni les ressources de Stanford.

44Cette recherche suggère que les universités peuvent contribuer de diverses manières à l’innovation économique régionale. Les opportunités ne sont pas limitées au dépôt de brevet, à la vente de licence et à l’essaimage de spin-offs. En plus de leur propre production de connaissance, les universités peuvent contribuer à attirer de nouvelles connaissances de l’extérieur. Elles peuvent aider à adapter des connaissances existantes aux conditions locales. Elles peuvent contribuer à intégrer des connaissances antérieurement séparées dans la région. Elles peuvent enfin aider à exploiter et à réorienter des connaissances déjà présentes dans la région mais pas exploitées.

Conclusion

45L’impact du modèle d’innovation importé de Boston et de Silicon Valley, largement basé sur l’essaimage de spin-offs, même s’il a fortement contribué à l’avance technologique des Etats-Unis, a des limites intrinsèques dont il faut être conscient. Celles-ci sont liées au fait que le transfert de technologies par la création de spin-offs n’est pas adapté à tous les types de technologies ni à toutes les industries. Les technologies qui s’y prêtent le mieux sont celles qui sont à un stade de développement précoce et représentent les innovations les plus radicales. Toutes les industries ne sont pas favorables à la commercialisation par spin-offs. C’est le cas, par exemple, de celles qui nécessitent des actifs complémentaires importants. Il ne faut donc pas opter pour le transfert de technologies à l’aide de spin-offs sans discernement mais dans les cas où ce mode de commercialisation est adapté à la technologie et à l’industrie concernée.

46La commercialisation elle-même de ces technologies est ardue. Elle ne suit pas la démarche traditionnelle consistant à identifier un besoin et à y répondre avec un produit. Les technologies issues du monde académique sont généralement à un stade de développement précoce, sans application ni marché très clair. Des méthodes de commercialisation peu orthodoxes doivent être appliquées et des horizons de temps longs doivent être acceptés.

47Ces limites intrinsèques à la commercialisation par spin-offs sont compliquées en Europe par une culture encore dominée par une conception l’entrepreneuriat comme un substitut à un emploi. L’ambition et la gouvernance des spin-offs créées selon ce modèle ne sont pas adaptées à créer des innovations majeures, qui nécessitent des incitations puissantes pour un large cercle de partenaires. Néanmoins, il n’est pas impossible de surmonter cette approche entrepreneuriale, comme l’atteste la diffusion depuis 15 ans du modèle de la start-up de croissance. Il convient cependant de poursuivre ce mouvement.

48Outre les diverses manières de surmonter les limites du modèle « recherche intensive – brevet – licences – spin-offs », il s’agit aussi de le dépasser. Trop d’importance a probablement été donnée à la seule contribution des universités en termes d’innovation sous forme d’essaimage de spin-offs. Les flux de connaissances de l’université vers l’industrie prennent des formes multiples, dont certaines sont d’ailleurs plus valorisées par les académiques et les entreprises que le dépôt de brevets, la vente de licences et l’essaimage de spin-offs. En outre, ces flux de connaissances universités – entreprises et les contributions des universités à l’économie locale varient selon le processus de transformation industriel en cours.

49Ainsi, pour dépasser le modèle « recherche intensive – brevets – licences – spin-offs », il convient de tenir compte de toute la gamme des contributions des universités à l’innovation locale et de promouvoir en particulier les contributions qui supportent le ou les types de dynamique industrielle propres à chaque région.

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Notes

1 Le terme université est utilisé dans ce document dans son sens générique d’institution d’enseignement et de recherche supérieure et non dans celui généralement donné en France.

2 European Commission . Communication from the Commission to the council and the European Parliament. Progress report on the risk capital action plan (Report number COM2000 658 final). Brussels, Commission of the European Communities.

3 M. Wright, B. Clarysse, et al.. Academic Entrepreneuship in Europe. Cheltenham, UK, Edward Elgar, 2007.

4 Scott Shane,,”Academic entrepreneurship. University spin-offs and wealth creation”, Cheltenham, UK, Edward Elgar, 2004.

5 C. C. Markides et P. A. Giroski (2005). Fast Second: How Smart Companies Bypass Radical Innovation to Enter or Dominate New Markets. San Francisco, Jossey Bass Wiley.

6 R. Lowe. Invention, Innovation and Entrepreneurship: The Commercialization of University Research by Inventor-Founded Firms. Berkeley, University of California, Berkeley. Ph.D. Dissertation. 2002.

7 Scott Shane, op.cit.

8 Jean-Jacques Degroof Ibid.

9 E. Roberts, Entrepreneurs in high technology. Lessons from MIT and beyond. New York, Oxford University Press, 1991.

10 E. Roberts, op. cit.

11 A. Saxenian, Regional advantage. Culture and competition in Silicon Valley and Route 128. Cambridge, MA, Harvard University Press, 1994.

12 D. Miller. The correlates of entrepreneurship in three types of firms. Management Science 29: 770-791. 1983.

13 J.-J. Degroof, et E. B. Roberts, op. cit.

14 Les arguments présentés ci-dessous sont issus de deux projets de recherche auxquels j’ai participé au sein du MIT Industrial Performance Center : le projet Local Innovation Systems (http://web.mit.edu/lis/) et le projet Benchmarking Innovation (http://www.cbr.cam.ac.uk/research/programme1/project3-13.htm)

15 A. Agrawal, A. and R. Henderson. Putting Patents in Context: Exploring Knowledge Transfer from MIT. Management Science 48(1): 44.

16 Mechanical engineering and Electrical Engineering and Computer Science.

17 A. Cosh, A. Hugues, et al.. UK Plc: just how innovative are we? Findings from the Cambridge – MIT Institute International Innovation benchmarking project. Cambridge, UK, The Cambridge – MIT Institute. 2006

18 CBI. Innovation Survey 2005. CBI Innovation Brief. London. November 2005.

19 W.M. Cohen, R. R. Nelson, et al.. Links and Impacts: the Influence of Public Research on Industrial R&D. Management Science 48(1): 1-23. 2002.

20 R.K. Lester et M. Piore (2004). Innovation. The missing dimension. Cambridge, MA, Harvard University Press.

21 R. K. Lester, (2005). Universities, Innovation, and the Competitiveness of Local Economies. Summary Report from the Local Innovation Project — Phase I. Industrial Performance Center Working Paper Series. Cambridge, MA, MIT Industrial Performance Center.

Pour citer cet article

Jean-Jacques Degroof (2015). "Université – Industrie : Limites et potentiel de divers modes de transfert de connaissances". - La revue | Numéro 1 : Innovation? une problématique pluridisciplinaire.

[En ligne] Publié en ligne le 02 février 2015.

URL : http://innovacs-innovatio.upmf-grenoble.fr/index.php?id=249

Consulté le 25/07/2017.

A propos des auteurs

Jean-Jacques Degroof

Chercheur Affilié MIT Industrial Performance Center

292 Main Street (Building E38-104), Cambridge, MA 02138, USA,T. +1 617 500 8604 et +32 496 524 001, jjdegroof@alum.mit.edu; http://web.mit.edu/ipc/people/affiliates.html

Il a un Master of Science in Management et un Ph.D. in Management du Massachustts Institute of Technology (MIT), ainsi qu’un Licence en Économie Appliquée et une Licence Spéciale en Science du Travail de l’Université Catholique de Louvain. Il est chercheur Affilié au MIT Industrial Performance Center. Il est aussi consultant auprès des pouvoirs publics en matière de transfert de technologie et de développement économique local. Il est un pomoteur actif de spin-offs académiques en tant que consultant et investisseur.




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Dernière mise à jour : 23 février 2017

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