Vous êtes ici : Accueil > La revue > Numéro 1 : Innovatio... > Réinventer l'innovat...

Réinventer l'innovation?

frPublié en ligne le 02 février 2015

Résumé

Pierre-Benoît Joly, Arie Rip et Michel Callon développent la thèse selon laquelle, alors que s’affirme un régime d’innovation basé sur les promesses technoscientifiques, il est nécessaire d’accorder une plus grande attention aux formes d’innovations distribuées. En effet, ce régime fonctionne progressivement comme un ordre politique, marqué par la tyrannie de l’urgence et la naturalisation du progrès technique. Or des expériences, comme le cas des logiciels « open source », peuvent se présenter comme une véritable alternative, où le moteur de l’expérimentation collective réside dans la mobilisation des acteurs concernés. Ces deux régimes – promesse technologiques et expérimentation collective – s’inscrivent dans une même tendance à savoir la reconnaissance du caractère distribué de l’innovation. Mais lorsqu’un des deux régimes devient hégémonique – comme c’est aujourd’hui le cas avec le régime des promesses technologiques – les tensions et les conflits sont renforcés.

Mots-clé : Innovation

1. Les enjeux

1L'innovation ne se limite évidemment pas à sa dimension technologique. En réalité, la plupart des innovations dites technologiques sont des innovations socio-techniques, parce que les compétences organisationnelles, les interactions entre firmes, les structures industrielles, les relations avec les clients ou usagers, les usages (…) sont renouvelés en même temps que les objets techniques changent. Cette dimension socio-technique est largement reconnue, mais elle n'est pas forcément prise en compte dans des politiques de recherche et d'innovation, comme par exemple l'Agenda de Lisbonne qui réduisait le projet de l'Europe de la Connaissance à l'objectif de 3% pour l'intensité de R&D.

2Cette réduction a une longue tradition. Elle est l'héritière du schéma linéaire dans lequel la science invente, l'industrie applique et la société suit (pour reprendre le slogan de l'Exposition Mondiale de Chicago en 1933). Pour nous limiter à deux exemples emblématiques, la bombe atomique et l'énergie nucléaire dépendent des avancées de la physique au cours du premier XX° siècle. Mais ces technologies n'auraient pas vu le jour si la demande militaire n'avait été aussi pressente et, en l'occurrence, la société n'a pas seulement suivi mais les critiques et les remises en cause ont été telles que dans bon nombre de pays, les programmes électronucléaires ont été remis en cause.

3Le point important est que le schéma linéaire -de la science à la technologie et au progrès social- n'est qu'un modèle d'innovation parmi d'autres. Or, les politiques de la science, de la technologie et de l'innovation menées après la seconde guerre mondiale ont été conçues conformément à ce modèle, que l'on retrouve encore quand on affirme que l'objectif de l'Economie de la Connaissance sera atteint en augmentant les dépenses de R&D. Les processus d'innovation sont plus complexes, généralement interactifs ou tourbillonnaires, souvent induits par les usagers ou les transformations sociales (Caracostas & Muldur 1998; OECD 1992).

4Deux observations sont ici nécessaires. Il faut en premier lieu souligner l'importance des masters narratifs dans la formulation et dans la mise en œuvre de la politique. Par exemple, le discours de l'innovation comme moteur de la croissance. Pour mobiliser les appuis politiques, ces masters narratifs doivent refléter ce qui se passe dans la réalité. C'était le cas pour l'Agenda de Lisbonne ou de nombreuses politiques de l'innovation. En réalité, ces masters narratifs peuvent ne pas avoir les effets stipulés. Le Rapport Aho (2006) en a fait l'analyse pour l'Agenda de Lisbonne. Le point n'est pas de suggérer qu'il n'y a pas de relation entre innovation et croissance économique mais que l'innovation n'est pas nécessairement le moteur de la croissance. Un autre master narratif est ici nécessaire, celui de la menace de nouveaux concurrents qui vont nous dépasser si nous n'investissons pas dans l'innovation.

5En second lieu, les processus d'innovation ne sont pas statiques. De même que les régimes de production de savoirs changent (Pestre 2003), les régimes d'innovation évoluent, sous l'influence de nombreux facteurs. Dans la période contemporaine, le changement le plus marquant consiste dans le passage de processus d'innovation centralisés et délégatifs à des processus distribués et plus participatifs. L'intérêt actuel des grandes entreprises pour l'innovation ouverte est un bon marqueur de cette transition mais l'exemple le plus emblématique est probablement celui du développement des logiciels ouverts.

6La thèse de cet article est que, alors que s'affirme un régime d'innovation basé sur les promesses technoscientifiques, il est nécessaire d'accorder une plus grande attention aux formes d'innovation distribuées. C'est un enjeu important pour des raisons démocratiques, mais aussi dans la perspective de la construction d'une Société de la Connaissance. Pour étayer cette thèse, il est en premier lieu nécessaire de présenter la notion de régime d'innovation et de montrer dans quelle mesure ces derniers conditionnent les processus d'innovation et sont étroitement liés avec des modes de gouvernance de l'innovation qui ne sont pas forcément pensés en tant que tels mais s'imposent dans les faits.

2. Les régimes d'innovation

7Si chaque innovation a son propre parcours, toujours contingent (Van de Ven et al. 1999), ces parcours sont conditionnés par les paysages technico-économiques et institutionnels dans lesquels ils se déploient. Par exemple, les droits (et pratiques) de la propriété intellectuelle influencent l'évaluation du rendement privé des investissements et déterminent les choix d'innovation. Ces droits (et pratiques) peuvent changer en réponse à des changements technologiques et/ou de politique économique, comme ce fut le ca avec les biotechnologies au début des années 1980. Il en est de même pour l'évaluation et la réglementation des risques liés à l'utilisation de nouveaux produits ou procédés. Un régime consiste dans un ensemble stabilisé d'infrastructures et d'institutions, un ensemble de dispositions et de dispositifs, pour se référer à Foucault et à l'idée de conduite des conduites. Avec l'accent mis sur les institutions au sens d'ensemble de règles (et de routines) formelles et informelles, un régime est un ensemble de règles stabilisées, une grammaire. Les règles d'un régime évoluent lentement, sous l'influence des pratiques, tout comme la grammaire d'une langue vivante évolue en permanence.

8Etant donné que l'innovation est identifiée comme un enjeu et qu'elle est institutionnalisée par un ensemble de pratiques diverses, on peut parler de régime d'innovation. De nombreux spécialistes d'économie et de sociologie de l'innovation utilisent cette notion, même s'il existe encore des variations dans la définition et dans la terminologie (Pavitt 1984, Nelson 1994, Dosi 1982, Rip & Kemp 1998, Malerba 2006).

9Un régime, ici un régime d'innovation, contient un modèle, ou paradigme, qui définit la façon dont les choses doivent être faites. Les implications de ces modèles d'innovation ne sont pas seulement en termes d'impact économique ou de compétitivité, mais aussi en termes de distribution de pouvoir, de niveau d'autonomie, d'apprentissage collectif, de relations sociales,... Un modèle d'innovation est aussi un modèle de société; la promotion d'un tel modèle est une façon puissante de façonner la société. Les spécialistes d'Etudes des Sciences et des Techniques (STS) ont mis en évidence les dimensions politiques et sociales des choix d'innovation (Winner 1986, Latour 1987, Bijker 1995). Les politiques d'innovation ont une portée bien plus importante qu'une conception limitée à l'identification des innovateurs et aux formes d'incitation ou de soutien public ne le laisserait supposer.

2.1. L'innovation centralisée

10Dans les politiques et dans les discours politiques, la référence aux modèles d'innovation est commode car elle permet de réduire la complexité. C'est probablement l'une des explications du succès du modèle linéaire qui définit les rôles des différents acteurs, la division des taches et les mécanismes de coordination, et permet un diagnostic sur des situations données et sur la façon de les améliorer. En Europe, ce modèle linéaire a inspiré les politiques de transfert de technologie et d'intensification des relations recherche/industrie conduites dans les universités et dans les organismes de recherche publics. Si le modèle est trop simple, les diagnostics et les mesures politiques ne seront pas aussi productifs que l'on peut l'escompter mais ils contribueront néanmoins à façonner la société. Par exemple, cela peut conduire à pousser les universités vers des activités qui seraient mieux prises en charge par d'autres acteurs. Cela ne signifie pas que les universités ne doivent pas s'adapter aux évolutions de la société et s'en tenir à leurs rôles traditionnels. Lorsque nous aborderons les nouveaux régimes d'innovation, il apparaîtra à l'évidence que l'ensemble des acteurs (y compris les universités et les organismes de recherche) sont confrontés à de nouveaux défis. Le point qu'il faut retenir à ce stade est que les modèles d'innovation façonnent l'ensemble des acteurs, au premier rang desquels les universités et les organismes de recherche, que ces modèles soient pertinents, ou non. La façon dont l'innovation construit la société est manifeste dans le projet d'Economie de la Connaissance tel que défini dans le cadre de l'Agenda de Lisbonne. Le mythe fondateur est que, confrontés aux défis majeurs, la science est la solution et la société est le problème. La société doit être plus entrepreneuriale, elle doit améliorer sa capacité d'acceptation des -voire son attrait pour- les nouvelles technologies. En un sens, il s'agit de la version moderne du slogan de l'exposition de Chicago: “la société doit suivre”.

11D'autres représentations des processus d'innovation influencent la définition des problèmes et des actions, même si elles ne saisissent que très imparfaitement la complexité des situations et des phénomènes. Trois d'entre elles sont particulièrement importantes.

12En premier lieu, l'innovation est considérée comme un ensemble d'informations codifiées et aisément reproductibles. Partant, dans la mesure où les consommateurs ont la capacité de payer, l'innovation peut être diffusée globalement, sans qu'il soit vraiment nécessaire de tenir compte des contextes locaux. Les processus de diffusion sont renforcés par des retours croissants d'adoption qui peuvent conduire à des situations de verrouillage (Arthur 1989). Dans la bataille pour les “dominant designs”, de tels verrouillages sont activement recherchés par les innovateurs lorsque cela peut leur conférer des positions privilégiés.

13Deuxièmement, la référence à des formes de compétition de type “winner takes all” a pour conséquence que l'on considère qu'une seule position soit souhaitable, celle d'arriver le premier de la course (Frank & Cook 1995). Les exemples de telles innovations foisonnent; les plus emblématiques sont probablement la suite de logiciels bureautiques Windows Office © de Microsoft ou encore le Soja transgénique tolérant au Round-Up © de Monsanto (RR GM soybean). L'innovation devient une affaire de “premiers” et les sciences et les techniques sont supposées permettre aux pays d'origine de ces innovations d'emporter la compétition économique. Bien que de nombreux exemples l'illustrent, ce modèle ne devrait pas être considéré comme le seul modèle viable ou bien encore souhaitable.

14Troisièmement, l'innovation est liée à l'entrepreunariat et aux idées populaires (entretenues par les innovateurs eux-mêmes) sur l'héroïsme des innovateurs en lutte contre les résistances de l'ancien et le maintien des positions acquises. La représentation de l'innovation produite par des acteurs héroïques, dotés de qualités exceptionnelles (des “stars scientists”, des champions mondiaux,...) et qui se battent pour arriver les premiers, renvoie aux conceptions schumpétériennes de l'entrepreneur qui crée de “nouvelles combinaisons” et aux récits et légendes sur les innovateurs isolés. Ces récits et représentations peuvent s'adapter à des cas dont l'importance a été réelle. Le point ici est que l'héroïsme est loin d'épuiser les figures possibles de l'innovation.

15Le récit de l’innovateur héroïque et solitaire devrait au minimum être adapté pour inclure tous les acteurs qui contribuent à la fabrique d'une innovation et à son succès sociétal.1 Et la représentation de la diffusion comme une information codifiée dans un milieu inchangé (empruntant aux modèles épidémiologiques) devrait être amandée pour intégrer les multiples transformations, les recontextualisations et les nouveaux alignements qui se produisent lorsqu'émerge une innovation et qu'elle est intégrée dans une filière de production ou dans la société.

16L'alternative à la figure de l'innovateur héroïque, déjà visible dans les derniers écrits de Schumpeter sur l'innovation organisée dans le cadre du grand laboratoire de R&D industrielle qui apparaît à la fin du XIX° siècle, est celui de l'innovation comme activité collective mais centralisée: l'innovation est alors orchestrée par un acteur central. Nombreux sont les organismes publics de recherche qui ont suivi ce modèle; nombreux sont les grands programmes finalisés, comme par exemple aux Etats-Unis le Programme Appolo ou “War on Cancer” qui s'appuient sur une organisation centralisée.

2.2. L'innovation distribuée

17S'il n'a jamais été totalement accepté comme une représentation de l'ensemble des processus d'innovation (Cf. par exemple Usher et son modèle de synthèse cumulative), le récit de l'innovation centralisée et délégative est actuellement remis en cause par des expériences et des récits alternatifs qui ont un succès croissant. On songe notamment au discours sur l'innovation ouverte, sur les logiciels “open source” et plus généralement à l'attention accordée aux phénomènes d'intelligence collective et aux processus d'action distribuée. L'innovation distribuée est observée dans des situations où des acteurs hétérogènes ont des compétences et des savoirs complémentaires, forment des réseaux ou des communautés créatives, coopèrent de façon assez informelle et co-produisent les objets techniques et leurs usages.

18La notion d' “innovation ouverte” promue par Chesbrough (2003), a été reprise par de nombreuses firmes comme Dell, HP ou Philips. Elle prend en compte la nature distribuée de la production de connaissance et s'adapte à des environnements complexes résultant notamment de la différenciation des produits et des marchés, couplée à la mondialisation. Dans le cadre de l'innovation ouverte, les acteurs créent des organisations hybrides qui associent des plateformes publiques et privées, la création de marché et la recherche, de nouvelles façons de produire,... Le rôle des droits de propriété est essentiel; ils doivent combiner la circulation des connaissances, la protection de combinaisons nouvelles et un accès différencié aux entités élémentaires. Bien que ne relevant pas strictement de l'innovation ouverte, les nouvelles interactions entre les firmes pharmaceutiques, les organismes publics de recherche et les associations de patients sont également des formes de recherche collective qui ont gagné d'importance au cours des 20 dernières années.

19Le cas des logiciels “open source” -et plus généralement, le développement des outils en libre accès dans les technologies de l'information- montre que le modèle d'innovation distribuée peut être plus résolument centré si les utilisateurs et que les motivations de ses promoteurs ne sont pas strictement économiques mais relèvent d'une volonté de construire une autre société, ou du moins d'avoir prise sur les relations entre savoir et pouvoir en favorisant une plus grande autonomie des utilisateurs. L'une des caractéristiques centrales réside dans l'invention de droits de propriété collectifs, avec par exemple la “General Public Licence” (GPL ou copyleft): l'usage du logiciel est libre et gratuit, la modification et la diffusion de nouvelles versions sont également libres et gratuites; mais tout logiciel produit à partir de logiciels protégés par la GPL est aussi protégé par la GPL (voir NESTA 2006 pour une discussion).

20Compte tenu de son importance, le mouvement en faveur des modèles d'innovation distribuée remet en cause une conception monolithique des politiques d'innovation basées sur une innovation centralisée. Cette nouvelle dynamique peut aussi être prise en compte en mobilisant la notion de régime d'innovation.

21Nous avons identifié deux façons différentes de concevoir et de promouvoir (et donc de gouverner) l'innovation et le changement technique dans les sociétés contemporaines: le régime d'économie des promesses technoscientifiques et le régime de l'économie des expérimentations collectives. Nous proposons ces appellations afin de faire la synthèse d'un ensemble de travaux et de débats en économie et sociologie de l'innovation mais aussi de pratiques émergentes.

22Nous nous proposons de décrirer ces régimes et d'en donner des éléments d'évaluation. En particulier, nous mettrons l'accent sur la dimension de la promesse qui est au coeur du premier régime et nous montrerons que c'est une façon de réintroduire le modèle linéaire. Nous mentionnerons également que le régime de l'expérimentation collective est relégué au second plan par le régime de la promesse autour duquel s'organisent les politiques de la science, de la technique et de l'innovation. Ce texte n'a donc pas une position neutre régime de l'expérimentation collective a encore une place trop marginale dans les politiques menées en Europe.

3. Le régime de l'économie des promesses technoscientifiques

23De nouvelles options technologiques prometteuses apparaissent en permanence et il est nécessaire qu'elles soutenues entretenues pour que leur potentiel puisse se développer et s'actualiser; il faut éviter qu'elles soient précocement soumises à l'épreuve du marché ou de la démonstration de leur efficacité par rapport à des techniques éprouvées. En d'autres termes, l'économie des promesses technoscientifiques (EPT) ne peut se construire sur des seules considérations financières et de considérations commerciales de court terme. Les études d'innovation montrent que les promoteurs de la nouveauté doivent se battre contre des techniques et des intérêts en place. La nouveauté n'est pas nécessairement meilleure et ne saurait être imposée; les promesses technologiques sont mises à l'épreuve (en réalité, il s'agit d'une série d'épreuves hétérogènes). Ces observations résument l'ambiguïté consubstantielle du régime de l'EPT: les promesses sont par définition incertaines et leur réalisation requiert une forte croyance dans leur réalisation avant qu'elles existent; mais même si l'on y croit fermement, ce ne sont que des promesses.

24Les façons spécifiques de traiter cette ambiguïté fondamentale est au coeur de la définition du régime d'innovation. Si la dynamique des promesses est une caractéristique générale de l'innovation, le régime de l'EPT est particulièrement visible dans la gouvernance des technosciences émergentes: biotechnologies et génomique, nanotechnologie, biologie synthétique, géoengineering,... Ces régimes se caractérisent par 4 grands traits:

  1. La création d'une grande fiction qui permet de mobiliser des ressources -financières, humaines, politiques, ...- par exemple: la nouvelle technologie (les biotechnologies dans les années 1980, les nanotechnologies aujourd'hui) est nécessaire pour résoudre les grands problèmes auxquels est confrontée l'humanité (la faim dans le monde, les pandémies, la crise environnementale, l'épuisement des ressources fossiles,...). La crédibilité de cette vision de la technique comme sources inépuisable d'abondance est très liée à la naturalisation du changement technique: si les moyens nécessaires sont réunis, la technique apportera inéluctablement des solutions; la technique fonctionne ici sur le mode de la prophétie autoréalisatrice. La référence à des lois (Loi de Moore, Loi de Gabor,...) illustre cette tendance à la naturalisation d'un progrès technique autogénéré.

  2. La force de la promesse est proportionnelle à l'incertitude et à l'inquiétude concernant l'avenir. Les solutions proposées à l'amont de la création scientifique et technique sont formulées dans les termes où sont identifiés les problèmes à résoudre, sans qu'il soit nécessaire de traiter les dimensions socio-politiques et technologiques de ces problèmes de façon explicite.

  3. Ce régime est associé à un diagnostic concernant la compétition mondiale et l'incapacité de l'Europe à maintenir son modèle social si elle ne tient pas sa position dans la course. Compte tenu de l'importance des effets cumulatifs des développements technologiques, ce diagnostic s'accompagne d'un sentiment d'urgence ceux qui seront en retard n'auront aucune place car dans cette course, la seule place est celle des vainqueurs. Dans ce cadre, le rôle de la société civile se réduit à celui d'une collection de consommateurs. Cette vision n'est pas spécifiquement européenne; par exemple, dans son rapport sur les technologies émergentes, la NSF souligne :

we must move forward if we are not to fall behind

25(Rocco & Bainbridge 2004).

  1. Le régime de l'EPT fonctionne sur une hypothèse générale concernant une nette division du travail entre les innovateurs et les promoteurs des nouvelles technologies d'un côté, la société civile de l'autre: “Travaillons (les promoteurs) sur les promesses en limitant les interférences avec la société civile; c'est le meilleur moyen de garantir le bonheur des consommateurs et des citoyens européens car c'est le meilleur gage de la protection du modèle social.” Le rapport Aho (2006) adopte cette position de façon très explicite lorsqu'il mentionne dans ses recommandations:

The need for Europe to provide an innovation-friendly market for its business (…). This needs actions on regulation, standards, public procurement, IPR and fostering a culture which celebrates innovation.

26Et :

Europe and its citizens should realize that their way of life is under threat but also that the path to prosperity through research and innovation is open if large scale action is taken now by their leaders before it is too late.

27En plus du besoin de promouvoir une “culture qui célèbre l'innovation” afin que les promesses technoscientifiques (si elles sont réalisées) soient accueillies favorablement, le régime de l'EPT reconnaît aussi le besoin de travailler l'ancrage social et les interactions avec les publics à un stade amont de la construction technologique. Les leçons de l'expérience des biotechnologies (et tout particulièrement des OGM) y sont pour beaucoup. Il semble bien en effet que les grandes promesses attirent aussi les grandes inquiétudes. Ainsi, la promotion des nanotechnologies, en Europe comme aux Etats-Unis, est accompagnée de nombreuses initiatives visant à travailler sur les aspects éthiques, légaux et sociaux; ces activités sont bien souvent intégrées dans les grands programmes nationaux de recherche.

28La gouvernance par l'EPT a ses inconvénients, à commencer par les échecs récurrents de réalisation des promesses – échecs inévitables compte tenu des risques inhérents à la recherche et dans la mesure où la technologie ne peut à elle seule sauver le mode-, ce qui peut induire des cycles où des phases d'espoir/engouement (hope/hype) sont suivies de phases de déception. L'Agenda de Lisbonne, qui est une utilisation du régime de l'EPT au second degré (“investissez 3% de votre PIB dans la recherche et vous sauverez le modèle social européen”), s'expose à ce même risque.

29Le régime de l'EPT accorde une importance de premier plan aux entrepreneurs scientifiques et industriels qui créent les conditions du changement en construisant le futur autour des anticipations technologiques. Lorsque les agences gouvernementales ou les élus deviennent les avocats des promesses, les rôles se brouillent et les confusions de genre peuvent induire des problèmes de responsabilité. L'ambivalence des autorités publiques -qui promeuvent les changements technologiques et s'associent aux intérêts qui leur sont liés tout en proclamant qu'elles agissent dans l'intérêt général- est assez inévitable dans un régime de l'EPT. Cela peut poser un problème sérieux lorsque ces orientations sont contestées: les enjeux sont politisés et l'espace de délibération se polarise entre des positions pro ou anti-technologiques. Compte tenu de leur parti pris, les autorités publiques considèrent alors la société civile comme un public irrationnel, en proie à ses émotions et à ses craintes, un public irrationnel qu'il convient de surveiller avec attention et d'éduquer. Les nombreux sondages d'opinion qui visent à renseigner sur la perception de la science font l'objet d'un intérêt soutenu; que de tels outils mettent en évidence que, globalement, la confiance en la science reste très élevée ne laisse pas de surprendre (Voir par exemple l'Eurobaromètre 2011). Cette combinaison d'une attitude générale favorable à la science (et aux institutions scientifiques) et de fortes inquiétudes ciblées sur quelques domaines devrait conduire à rechercher les “bonnes raisons” qui expliquent ces préoccupations plutôt que de s'en tenir au mythe de l'irrationalité du public (Felt et al. 2007).

30Dans un régime de l'EPT, on observe de façon assez systématique un discours contradictoire. D'un côté, la technologie est dite totalement nouvelle et ayant des effets révolutionnaires lorsque les promoteurs s'adressent aux investisseurs, aux responsables des politiques d'innovation ou aux offices de brevets et aux différents publics qu'il faut enrôler dans cette aventure (par exemple les patients qui souffrent d'un affection que la technique est susceptible de soigner). D'un autre côté, la même technologie est présentée comme s'inscrivant dans la continuité des techniques antérieures, ne comportant aucun risque spécifique, aucune incertitude, lorsqu'il faut rassurer les craintes et réduire les oppositions. De telles contradictions, aisément perceptibles, sont l'une des sources de la défiance à l'égard des promesses technoscientifiques et de ceux qui les formulent.

4. Le régime de l'expérimentation collective

31Le régime de l'EPT ne correspond qu'à une partie des innovations. Nous avons déjà mentionné le cas des logiciels “open source”, cas emblématique de processus d'innovation qui peuvent se présenter comme une véritable alternative. De telles approches peuvent-elles être considérées comme un régime? La question est importante car le régime de l'EPT devient hégémonique, ce qui peut conduire à une augmentation de ses défauts. Le régime de l'EPT fonctionne progressivement comme un ordre politique, marqué par la tyrannie de l'urgence et la naturalisation du progrès technique. La société civile est alors prise en compte comme le destinataire final -et si possible passif- de l'innovation, et lorsqu'elle résiste, elle est qualifiée d'anti-innovation.

32L'ouvrage de Von Hippel (2005) “Democratizing innovation” est un bon marqueur de cette tension. On peut évidemment reprocher à Von Hippel d'utiliser le concept de démocratie dans un sens très différent de celui de la théorie politique. Néanmoins, l'auteur pointe un phénomène d'importance: l'importance, dans toute une série de domaines, de processus d'innovation distribués, qu'il s'agisse d'innovations induites par les usagers ou d'innovations produites par des communautés créatives. Ses exemples concrets sont principalement pris dans les secteurs de l'information et de la communication (où la distinction entre producteur et utilisateur est souvent ténue) et dans le sport (mountain bikes, kitesurfing,...). Reconnaissant l'importance de ce phénomène, Malerba ajoute les exemples des activités de conception et introduit la notion de co-invention (Malerba 2006).

33De nombreux autres exemples pourraient être mobilisés pour compléter le tableau. Il faudrait alors citer l'implication des associations de patients dans la recherche médicale (Rabeharisoa & Callon 2004, Barbot 2002), la recherche participative en amélioration des plantes (Bonneuil et al. 2006), ou encore l'innovation ascendante dans l'agriculture à bas intrants (Wiskerke & Van der Ploeg 2004). Les projets des véhicules électriques sont portés par les promesses de leurs promoteurs mais leur développement s'apparente néanmoins au modèle de l'expérimentation collective (Hoogma et al. 2002). Mais on pourrait aussi trouver des précurseurs des régimes d'expérimentation collective dans des initiatives prises par les travailleurs des industries high tech -comme la défense et l'ingénierie navale- pour définir des stratégies de R&D à même de satisfaire des besoins sociaux (Mort 2002 et Wainwright and Elliot 1982).

34Lorsque l'on prend en compte l'ensemble de ces exemples, on peut suggérer qu'un nouveau régime, le régime de l'expérimentation collective, est en cours d'émergence. L'appellation n'est pas sans rappeler les pragmatistes, et au premier rang John Dewey et sa conception de la politique comme une expérimentation collective (Dewey 1927). Mais l'expérimentation collective se situe à présent dans la production de la technologie. De situations apparaissent ou son créées intentionnellement et elles permettent de mettre à l'épreuve des solutions nouvelles, d'apprendre de ces essais, i.e. d'expérimenter. Ainsi, la société devient un laboratoire (Krohn & Weyer 1994). Mais l'expérimentation ne résulte pas de la promotion d'une promesse technoscientifique. Elle est le produit d'objectifs produits par des groupes concernés et qui recherchent des solutions à leurs problèmes dans l'action collective. Ces objectifs ne sont pas statiques mais ils sont précisés et redéfinis dans les processus d'apprentissage qui ont cours dans l'expérimentation.

35Le moteur de l'expérimentation collective réside dans la mobilisation des acteurs concernés. Dans cette mesure, il peut être d'une redoutable efficacité. Néanmoins, même dans un système altruiste et non utilitariste, des comportements opportunistes -de « passagers clandestins »- peuvent perturber la dynamique collective. C'est assez évident dans le cas de l'Open Source: d'un côté des acteurs contribuent car ils partagent des préoccupations, éventuellement une même idéologie; mais de l'autre, de nombreux utilisateurs ne font aucun effort pour le collectif et se limitent à un comportement égoïste. Dans le cas du médicament, on a pu parler d'instrumentation des associations de patients qui se sont comportées en pourvoyeurs de cobayes et qui ont aidé à la construction d'un marché profitable pour l'industrie pharmaceutique, au mépris de considérations de santé publique (Dalgalarrondo 2004). Il ne fait donc aucun doute que l'espace de l'expérimentation collective requiert une structuration et un ensemble de règles sans lesquels les processus d'innovation ne seraient pas durables.

36Mais les règles du régime d'expérimentation collective ne sauraient être copiées sur celles des régimes de l'EPT. De nouvelles approches doivent ainsi être inventées, s'agissant par exemple des règles du jeu de la propriété intellectuelle: la licence GPL pour les logiciels des règles formelles et informelles d'accès aux lots de graines pour les réseaux de semences paysannes,... Dans le cas du véhicule électrique, les autorités publiques ont jusqu'à présent joué un rôle moteur; l'implication des acteurs privés implique la mise en place d'un paysage institutionnel constitué de nouveaux standards, de mécanismes incitatifs et de règles de propriété et d'échange.

37Dans le régime d'expérimentation collective, de nouvelles formes d'interaction entre les chercheurs et les autres acteurs doivent également être inventées parce que, compte tenu de la nature distribuée de la production des savoirs, l'autorité traditionnelle du laboratoire de recherche et des communautés scientifiques ne suffisent plus pour valider les savoirs pertinents. Dans ce régime, la notion même de « public » n'a plus grand sens ou du moins doit-elle être pluralisée: on doit considérer la position de différents publics, dont certains seulement, les groupes concernés, prendront une part active à la production de connaissances. Le caractère « collectif » de ce régime signifie que de nombreuses investigations collaboratives, indépendantes et déconnectées, impliquant des professionnels établis et des groupes concernés, se déploient simultanément et peuvent générer de nouvelles interconnexions.

38Le régime d'expérimentation collective est confronté à des difficultés qui résultent de son caractère décentralisé. De tels processus d'innovation incorporés sont laborieux, mal coordonnés et lents. C'est le coût des apprentissages sociaux et des approches pluralistes du problème et de ses solutions car les parties prenantes ont des logiques d'action différentes. A l'image de « Slow Food », on peut ainsi revendiquer un régime de « Slow Innovation », avec ses qualités et ses défauts.

Conclusions

39Dans ce chapitre, nous avons présenté les deux régimes (ETP et expérimentation collective) comme une altertnative. Ces deux régimes sont en effet en tension et peuvent faire l'objet de conflits. Mais il n'y a pas une complète dichotomie. Les deux régimes s'inscrivent dans une même tendance: la reconnaissance du caractère distribué de l'innovation. Ces deux régimes mettent en exergue et incorporent des caractéristiques différentes mais qui peuvent s'avérer complémentaires. Mais lorsqu'un des deux régimes devient hégémonique -comme c'est aujourd'hui le cas avec le régime de l'EPT- les tensions et les conflits sont renforcés.

40Une façon de promouvoir l'articulation entre les deux régimes a été proposée par le Groupe d'Experts sur les Technologies Convergentes de la Commission Européenne (Nordmann 2004). Comme les nanotechnologies (et les technologies convergentes en général) sont des technologies permissible (enabling technologies), rendant possibles un large spectre d'applications, un effort spécifique est nécessaire pour atteindre des objectifs liés à des besoins ou des priorités pour des groupes concernés. Le Groupe d'Experts suggère qu'à cette fin l'expérimentation collective devient nécessaire.

Since enabling technologies are not dedicated to a specific goal or limited to a particular set of applications, they tend to be judged by the visions that go into them rather than the results they produce. Since these visions reach far beyond disciplinary perspectives, scientists and engineers, policy makers and philosophers, business and citizens are called upon to develop social imagination for CTEKS [Converging Technologies for the European Knowledge Society] applications. (Nordmann 2004 : 42)

41Néanmoins, l'expérience passée n'est guère prometteuse. Dans le cas des biotechnologies agricoles, les promesses technologiques ont été fortement soutenues. Mais le régime de l'EPT a provoqué des résistances fortes. Il en résulte une impasse, du moins en Europe, et les processus d'expérimentation collective sont confinés à quelques niches. Pour les piles à combustible ou l'hydrogène, une situation similaire pourrait se produire (Avadikyan et al. 2003). Pour les nanotechnologies, le régime de l'EPT domine mais le spectre de l'échec des OGM est très présent. La volonté de s'ouvrir et d'apprendre, d'expérimenter de nouvelles modalités d'innovation, est grande. Etant donné que, pour la plupart, les applications des nanotechnologies sont encore virtuelles, une telle ouverture est envisageable. C'est enjeu fort pour le développement futur des nanotechnologies et un test majeur pour la compatibilité des deux régimes.

42Une combinaison productive de ces deux régimes pourrait également être favorisée par la structure et la culture de certaines organisations. Depuis la fin des années 1980, des Centres d'Excellence Finalisés ont été créés, en relation avec des universités ou non. Ces Centres visent à faire le pont entre la recherche fondamentale et les innovations ascendantes. Le rôle des organismes de recherche publique peut alors être reconsidéré: ils ne sont pas seulement responsables d'une recherche pour un intérêt général auto-défini (comme c'est le cas en France), ni le financement public de l'innovation afin de pallier les défaillances de marché, mais pourraient être considérés comme des pépinières de nouveaux projets, ouvertes aux expérimentations collectives. En ce sens, l'accès à la recherche publique de groupes émergents ou de groupes orphelins est favorisé par des mécanismes de soutien aux partenariats entre laboratoires publics et organisations de la société civile. Si l'on considère le rôle croissant du « tiers secteur scientifique » (Neubauer 2006), les perspectives pour de nouvelles combinaisons productives sont très ouvertes.

43Pour conclure, il est nécessaire de revenir sur la notion d'innovation distribuée. En premier lieu, l'innovation distribuée s'appuie sur une diversité qui ne se limite pas à la diversité des acteurs concernés mais qui inclut aussi la diversité des options qui sont explorées. C'est un élément essengtiel des politiques d'innovation, que l'on se situe dans le cadre d'un régime d'EPT ou d'expérimentation collective. L'exploration d'options nouvelles doit être associée à des dispositifs de sélection et d'exploitation des nouvelles options. Quand et comment passer de l'exploration à l'exploitation est l'une des questions les plus difficiles du management de la technologie, que l'on se situe dans le cadre d'une organisation spécifique ou au niveau d'un espace économique comme un Etat ou l'Union Européenne. Lorsqu'une option technologique est sélectionnée, le coût d'opportunité de l'abandon des autres options devrait être pris en considération afin d'éviter de perdre trop rapidement la flexibilité liée au maintien d'une variété d'options. Mais il n'est pas raisonnable de maintenir de trop nombreuses options. Des méthodes d'évaluation technologique et d'évaluation des options peuvent aider à faire les choix; mais il est toujours difficile de prendre en compte l'évolution future de technologies émergentes, surtout si l'on intègre dans l'analyse les processus de transformation socio-techniques qui accompagnent la diffusion à grande échelle. L'utilisation de méthodes de scénarios socio-techniques peut s'avérer opportune mais il n'existe pas de façon simple de résoudre le dilemme exploration/exploitation.

44Enfin, réinventer l'innovation requiert une réinvention des formes de coordination et des systèmes d'échange. C'est toute l'utilité des travaux actuels sur les réseaux (Benkler 2006) ou sur les « commons » (Boyle 2003). Les arrangements qui soutiennent les dispositifs d'innovation ouverte montrent l'importance (et les difficultés) de la construction de tels espaces. Les brevets peuvent jouer un rôle négatif lorsqu'ils empêchent la circulation des connaissances et freinent les expérimentations collectives. A l'opposé, une absence totale de protection peut favoriser des comportements opportunistes et parasitaires. Ainsi, comme nous l'enseignent les travaux sur les communs naturels (Ostrom 2010), les communs de la connaissance doivent être structurés et régulés. Une meilleure connaissance des principes de constitution des communs de la connaissance constitue donc un enjeu essentiel.

45En un mot, les modèles d'innovation sont pluriels et sont constamment réinventés par les acteurs. Rechercher le meilleur modèle est illusoire. Toute politique basée sur une conception monolithique de l'innovation passerait à côté de dimensions essentielles. Il est au contraire essentiel que les politiques de l'innovation promeuvent en permanence une diversité de modèles d'innovation.

Bibliographie

Aho, E., Cornu, J., Georghiou, L., Subira, A. (2006). Creating an Innovative Europe, Brussels: European Commission.

Arthur, B., (1989). Competing technologies, increasing returns, and lock-in by historical events, The Economic Journal, 99, pp. 116-131.

Avadikyan. A., Cohendet, P., Heraud, J-A., (eds.) (2003). The Economic Dynamics of Fuel Cell Technologies, Berlin: Springer Verlag.

Barbot, J., (2002). Les malades en mouvement, Paris: Balland.

Benkler, Y., (2006). The Wealth of Networks, New Haven, CT: Yale Univ. Press

Bijker, W. E., (1995). Of Bicycles, Bakelites and Bulbs: Towards a Theory of Sociotechnical Change, Cambridge, Mass : MIT Press.

Bonneuil, C., Demeulenaere, E., Thomas, F., Joly, P.B., Allaire, G., Goldringer, I., (2006). Innover autrement? La recherche agronomique face à l’avènement d’un nouveau régime de production et régulation des savoirs en génétique végétale, Courrier de l’Environnement de l’INRA, n°30, pp. 29-52.

Boyle, J., (2003). The second enclosure movement and the construction of the public domain, Law and Contemporary Problems, Vol. 66 (Winter/Spring 2003): 33-74.

Caracostas, P., Muldur, U., (1998). Society, the Endless Frontier. A European vision of research and innovation policies for the 21st century, Luxembourg: European Commission, EUR 17655.

Chesbrough, H., (2003). Open Innovation, The new imperative for creating and profiting from technology, Boston, Mass.: Harvard Business School Press.

Dalgalarrondo, S., (2004). Sida: La course aux molécules, Paris: EHESS.

Dewey, J., (2003). Le public et ses problèmes. Pau, Presses de l'Université de Pau/Farrago/Editions Léo Scheer. (1° édition en anglais en 1927)

Giovanni, G., (1982). Technological Paradigms and Technological Trajectories: A Suggested Interpretation of the Determinants and Directions of Technical Change, Research Policy 11 (1982) 147-162.

Felt, U., Wynne, B., et al. (2007). Taking European Knowledge Society Seriously. Report of the Expert Group on Science and Governance, to the Science, Economy and Society Directorate, Directorate-General for Research, European Commission, Brussels: European Communities, EUR 22700.

Frank, R.H., Cook, P-J., (1995). The winner-take-all society, New York: The Free Press.

Hoogma, R., Kemp, R., Schot, J., Truffer, B., (2002). Experimenting for Sustainable Transport. The Approach of Strategic Niche Management, London: Spon Press.

Krohn, W., Weyer, J., (1994). Society as a Laboratory: the social risks of experimental research, Science and Public Policy 21(3), pp. 173-183.

Latour, B., (1987). Science in Action. How to follow scientists and engineers in society, Milton Keynes: Open University Press.

Malerba, F., (2006). Innovation and the Evolution of Industries, J. Evolutionary Economics 16, 3-23.

Mort, M., (2002), Building the Trident Network, Cambridge Ma.: MIT Press.

Nelson, Richard, R., (1994), ‘The co-evolution of technology, industrial structure, and supporting institutions’, Industrial and Corporate Change 3, 47-63.

NESTA (2006). The innovation gap, UK National Endowment for Science, Technology, and the Arts, Research Report, London.

Neubauer, C., (2006). Third-Sector Knowledge Production, internal paper prepared for the European Union Expert Group on Science and Governance (cf. its Report, Felt et al. 2007)

Nordmann, A., (rapporteur) (2004). Converging Technologies. Shaping the Future of European Societies. A Report from the High Level Expert Group on “Foresighting the New Technology Wave”, Luxembourg: European Commission. EUR 21357.

OECD (1992). Technology and the Economy. The Key Relationships, Paris: OECD.

Ostrom, E., (2010). La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles , Ed. De Boeck.

Pavitt, K., (1984). Sectoral Patterns of Technical Change: Towards a Taxonomy and a Theory, Research Policy 13 (1984) 343-373.

Pestre, D., (2003). Sciences, argent et politique. Un essai d'interprétation, Paris: INRA Editions

Rabeharisoa, V., Callon, M., (2004). Patients and scientists in French muscular dystrophy research, in S. Jasanoff (ed.),States of Knowledge. The co-production of science and social order, London: Routledge, pp. 142-160.

Rip, A., Kemp, R., (1998). Technological Change,'in S. Rayner and E.L. Malone (eds), Human Choice and Climate Change, Columbus, Ohio: Battelle Press, 1998. Volume 2, Ch. 6, pp. 327-399.

Roco, M-C., Bainbridge, W-S., (eds.) (2004). Converging Technologies for Improving Human Performance – Nanotechnology, Biotechnology, Information Technology and Cognitive Science, New York: Basic Books

Van de Ven, A-H., Polley, D-E., Garud, R., Venkataraman, S., (1999). The Innovation Journey, New York & Oxford: Oxford University Press.

Von Hippel, E., (2004). Democratizing Innovation. Cambridge (Mass.): MIT Press.

Wainwright, H., Elliot, D., (1982). The Lucas Plan. London: Allison and Busby.

Winner, L. (1986). The Whale and the Reactor. A search for limits in an age of high technology, Chicago: University of Chicago Press.

Wiskerke, J-S-C., van der Ploeg, J-D., (eds.), Seeds of Transition. Essays on novelty production, niches and regimes in agriculture, Assen: Royal Van Gorcum, 2004

Notes

1 Au moment où nous écrivons ces lignes, les commentaires des plus grands hommes politiques lors de la disparition de Steve Jobs viennent illustrer la puissance de la représentation de l'innovateurs héroïque et solitaire, même dans un monde aussi complexe et réticulaire que le nôtre.

Pour citer cet article

Michel Callon, Arie Rip , Pierre-Benoit Joly (2015). "Réinventer l'innovation?". - La revue | Numéro 1 : Innovation? une problématique pluridisciplinaire.

[En ligne] Publié en ligne le 02 février 2015.

URL : http://innovacs-innovatio.upmf-grenoble.fr/index.php?id=252

Consulté le 28/05/2017.

A propos des auteurs

Michel Callon

Professeur à l’École des Mines ParisTech, chercheur au Centre de Sociologie de l’Innovation. Il travaille dans le domaine de l’étude des sciences et des techniques (STS) depuis les années 1970. On lui doit une contribution majeure à la sociologie de la traduction et à la théorie de l’acteur réseau et aux développements plus récents sur la démocratie technique et en anthropologie économique.

Arie Rip

Professeur émerite de Philosophie des Sciences et des Techniques à l’Université de Twente, Pays-Bas. Il a travaillé dans les domaines de l’étude des sciences et des techniques (STS) et de l’évaluation technologique aux universités de Leiden et d’Amsterdam, et depuis 1987 à l’université de Tewente. Il a coordonné de nombreux programmes de recherche européens et récemment un grand programme d’évaluation technologique « constructive » (cTA) des nanotechnologies aux Pays-Bas.

Pierre-Benoit Joly

Économiste et sociologue, Directeur de recherche à l’INRA, UR 1326 SenS et Directeur de l’IFRIS (Istitut Francilien Recherche, Innovation, Société) et du Labex SITES. Depuis une quinzaine d’années, ses recherches portent sur la gouvernanc des sciences et des techniques du vivant. Il enseigne à l’EHESS et à Sciences Po Paris.




Contacts

SFR INNOVACS

Université Grenoble Alpes

1221 avenue centrale - Domaine universitaire

38400 Saint-Martin d'Hères

sabrina.barbosa@univ-grenoble-alpes.fr

http://innovacs.univ-grenoble-alpes.fr/

Abonnez-vous

Recevez en temps réel les dernières mises à jour de notre site en vous abonnant à un ou à plusieurs de nos flux RSS :

Informations légales

ISSN électronique :

Dernière mise à jour : 23 février 2017

Edité avec Lodel.

Administration du site (accès réservé)